Tribune : La mode les a-t-elles tuées ?

Deux tops models anorexiques viennent demourir à 21 et 22ans. Est-ce la mode qui les a tuées ?

 

L’anorexie mentale n’est pas une maladie nouvelle.
Les premières descriptions cliniques précises datent du milieu du XIXème siècle, alors que la mode féminine encourageait plutôt aux rondeurs. En parallèle, l’attrait pour la minceur n’est pas non plus une nouveauté ; rappelons nous la mode androgyne des années 1920, symbolisée par “la garçonne” en littérature, par Louise Brooks au cinéma, puis par la célèbre phrase attribuée à Wallis Simpson, duchesse de Windsor, “on n’est jamais trop maigre”.
Dans les années 1960, Twiggy, mannequin de 16 ans, était “la brindille”.

 

L’anorexie mentale est une maladie complexe et multifactorielle, dont les facteurs étiopathogéniques sont à la fois génétiques, psychologiques, familiaux mais aussi environnementaux.

 

Depuis ces vingt dernières années, l’anorexie mentale évolue, avec mondialisation et rajeunissement.
Elle apparaît dans des pays jusque là épargnés : les pays asiatiques, le Moyen-Orient, certains pays d’Afrique. Autrefois maladie de l’adolescente, l’anorexie mentale frappe de plus en plus souvent des fillettes. Dès 7/8 ans, voire à la maternelle, les petites filles avides de mode comparent leurs joues, leur ventre et leur tour de cuisse, d’autant plus qu’elles s’habillent comme leurs mères ou leurs grandes soeurs.

 

Sur les podiums de haute couture, les mannequins ne sont pas minces, elles sont maigres : visages osseux, maquillages blafards, yeux cernés, buste plat, cuisses et mollets tellement “baguettes” que les genoux paraissent cagneux : tout médecin sait que l’on ne peut pas atteindre cette physionomie sans privation.

 

Certes les fillettes et adolescentes n’assistent pas aux défilés de haute couture, mais voient dans les magazines les top models, les jet-setteuses et autres reines du show business dont la maigreur est spectaculaire. Dans les magasins “mode” de prêt-à-porter, les tailles 40 et 42 sont considérées comme des “grandes tailles”, et ont été créées de nouvelles tailles 32 et 34 (XXS).

 

Sous le regard des copines ou sous celui de sa mère soumise aux mêmes diktats de la mode on se prive ; et si on “craque”, on rentre dans la spirale de la culpabilité et des conduites d’élimination : activité sportive intense, vomissements provoqués, laxatifs…

 

Dans cette recherche effrénée de la minceur, le monde de la mode n’est pas le seul impliqué. Nous sommes tous concernés : parents, médecins, diététiciens, professionnels de la santé et de la jeunesse. Sachons donc être mesurés : notre lutte contre les risques d’obésité ne doit pas prendre la forme d’un mouvement terroriste contre le gras et le surpoids.

 

 

Dr Marie-France Le Heuzey
Service de pédopsychiatrie
AP/HP, Hôpital Robert Debré, Paris.

Tribune : La peur du lait : conséquences pour le nourrisson scolaires ?

De plus en plus de parents utilisent comme substituts aux préparations pour nourrissons à base de lait de vache (laits 1er âge) des produits d’origines variables et souvent totalement incontrôlées. La motivation est fréquemment d’ordre idéologique et/ou psychologique : végétalisme, prétendue toxicité des dérivés du lait de vache, peur de la “vache folle”, des pesticides, des OGM… Elle peut être, hélas, le fait du pouvoir de conviction de certains acteurs de santé.

 
Or cette substitution est potentiellement dangereuse pour la croissance et la santé du nourrisson. Elle a pu aboutir, récemment dans notre pays, au décès d’un nouveau-né dans un état de multicarences.

 

Dans le cas d’une authentique allergie aux protéines du lait de vache (3% des nourrissons), le substitut offrant toutes les garanties d’hypoallergénicité et nutritionnelles doit être un hydrolysat poussé de protéines ayant fait l’objet d’études cliniques contrôlées.
Plus rarement, ce sera un soluté à base d’acides aminés. Les préparations pour nourrissons à base de soja peuvent éventuellement être utilisées chez des enfants âgés de plus de 6 mois.

 

La responsabilité du lait de vache n’a jamais été démontrée dans des infections ORL, des troubles digestifs ou du comportement. En revanche, son utilisation à la place de laits infantiles conduit à un excès d’apport protéique, minéral, de graisses saturées, et à une carence d’apport en acides gras essentiels, fer, zinc et vitamines.

 

Les laits de chèvre et de brebis sont encore plus inadaptés, car plus riches en protéines et en graisses et carencés en acide folique et en vitamine B12. Leur teneur en chlore a été rendue responsable d’une acidose hyperchlorémique. De plus, le risque d’allergies croisées avec les protéines du lait de vache s’élève à 50%.

 

Les produits à base de soja, différents des préparations pour nourrissons à base de soja, sont en fait des jus végétaux (appelés à tort “lait de soja”) trop riches en protéines et carencés en acides aminés essentiels, lipides, calcium, et fer. Ils contiennent des phytates, qui diminuent la biodisponibilité des minéraux, et des phytoestrogènes dont l’ingestion prolongée en bas âge est sujette aux plus grandes réserves.

 

L’emploi, malheureusement de plus en plus courant, d’ersatz de laits végétaux (jus d’amande, de châtaigne, de riz, d’avoine…), comporte beaucoup de risques : allergies aux fruits à coques, plus fréquentes, plus graves et plus prolongées que celles au lait de vache, retard de croissance et carences sévères en calcium, vitamines etmicronutriments.

 

Donc, de grâce, avec Montaigne “haïssons les (pseudo) remèdes qui importunent plus que la maladie”.

 

 

Dr Jean-Pierre Chouraqui
Service de gastroentérologie
et nutrition pédiatriques CHU de Grenoble.