L’obésité en France atteint 12% des enfants et 8 à 10% des adultes. Le nombre d’enfants obèses double tous les quinze ans. C’est une maladie de l’adaptation du métabolisme face à l’augmentation de la sédentarité et de la densité calorique de l’alimentation. Notre patrimoine génétique, qui favorise le stockage d’énergie, nous a rendu service lorsque nous étions confrontés aux famines. Il nous conduit aujourd’hui à l’obésité, au diabète, aux dyslipidémies et aux maladies cardio-vasculaires. L’étude des mécanismes moléculaires permettra de repérer les voies physiopathologiques déterminantes et d’aboutir à des thérapeutiques.

Des observations rares d’obésités extrêmes ont permis de repérer des mutations sur des gènes impliqués dans une même boucle de régulation où interviennent la leptine et les mélanocortines. La leptine, hormone essentielle de la régulation du poids, est sécrétée par le tissu graisseux et informe le cerveau de l’état des réserves. L’absence de signal leptine (mutation du gène ou du récepteur) conduit à une obésité. Le récepteur aux mélanocortines de type IV (MC4R) contribue aussi à transmettre un signal de diminution de la prise alimentaire.

Des mutations de MC4R ont été retrouvées dans 1% des formes communes d’obésité et 4-6% des obésités extrêmes. L’industrie pharmaceutique développe des agonistes aux récepteurs des mélanocortines de type IV.

 

Actuellement, on ne sait pas comment les sujets porteurs de mutations de MC4R répondront à ces traitements, ce qui ne rend que plus nécessaire la prise en charge nutritionnelle habituelle.

Dans l’obésité commune un grand nombre de systèmes biologiques, et donc une multitude de gènes candidats, entrent en jeu. Ces gènes sont répertoriés dans une carte génétique publiée chaque année (Human Obesity Gene map). Aucun ne fait l’unanimité quant à son rôle potentiel, faute d’analyses d’interaction gènes/ gènes et gène/environnement. Ce sera l’objectif du programme NuGenOb (Nutrient Gene Interaction in Human Obesity) soutenu par la Communauté européenne. Si l’obésité commune est effectivement un problème d’adaptation, ses causes peuvent se situer dans les variations de l’expression des gènes en réponse au changement de l’environnement.

On voit ici l’importance croissante des outils informatiques pour l’analyse et l’exploitation de données moléculaires de plus en plus nombreuses. Pour l’instant, la prise en charge thérapeutique de l’obésité continue donc de reposer sur l’éducation nutritionnelle, l’augmentation de l’activité physique et le soutien psychologique.

 

Dr Karine CLÉMENT
Hôtel-Dieu, AP-HP
Paris