Pour promouvoir la recherche dans les domaines de l’alimentation et de la nutrition, l’Institut Danone décerne chaque année le prix “Alimentation et Santé”. Depuis 1991, 73 lauréats ont été primés. Depuis 2005, l’Institut Danone finance également, en partenariat avec la Fondation pour la RechercheMédicale, un appel d’offre pour soutenir une équipe pendant deux ans. Déjà 18 équipes en ont bénéficié. Dans cette nouvelle rubrique Objectif Nutrition retracera les grandes lignes du parcours d’un ancien lauréat.

 

Avant d’être le lauréat 2009 du Prix Danone International de Nutrition, le Pr. Johan Auwerx (École Polytechnique Fédérale de Lausanne, Suisse) avait reçu le Prix de l’Institut Danone en 1995.

 

Objectif Nutrition : Au cours de ces quinze années, dans quel sens vos recherches ont-elles évolué ?

Pr. Johan Auwerx : En 1995, nous travaillions sur la façon dont les facteurs de transcription régulent le métabolisme cellulaire via l’expression génique. Le sujet s’est élargi depuis à la compréhension du rôle de détecteur (sensor) des facteurs de transcription, car ils doivent d’abord connaître l’état énergétique de la cellule (déplétion ou réplétion), pour pouvoir moduler la réponse transcriptionnelle en conséquence.

 

O.N. : A quelles informations ces facteurs sont-ils sensibles ?

J.A. : Les nutriments peuvent être des ligands pour certains récepteurs nucléaires. Par exemple le PPAR, qui régule le métabolisme lipidique, est directement activé par des acides gras. Dans d’autres cas, les facteurs de transcription sont sensibles à des signaux indirects de l’état énergétique de la cellule, comme le fonctionnement des mitochondries.

 

O.N. : Dans quels types de cellules observe-t-on ces mécanismes ?

J.A. : Au début, nous étions focalisés sur les adipocytes, mais maintenant que l’équipe comporte une vingtaine de chercheurs venus du monde entier, nous pouvons travailler aussi sur les cellules musculaires et hépatiques, très impliquées dans le métabolisme. En fait, les mécanismes que nous explorons existent dans tous les tissus car tous doivent réagir à l’arrivée d’énergie. C’est donc un processus assez global de régulation métabolique qui intéresse l’organisme entier.

 

O.N. :Quelles sont les implications cliniques de vos recherches ?

J.A. : Elles concernent directement les domaines du métabolisme et de l’endocrinologie, donc les grandes pathologies comme le diabète ou l’obésité. Mais ce n’est pas limitatif puisque les mécanismes de détection de l’état énergétique de la cellule et d’activation consécutive de la transcription génique sont ubiquitaires. La “crise énergétique” que l’on observe dans l’obésité existe aussi dans le cerveau lors d’une maladie neurodégénérative comme la maladie d’Alzheimer.