C’est incontestable : le Français est champion de la consommation d’alcool, mais alors que la consommation tend à s’accroître dans la plupart des pays, (en 1995 environ 5,5 litres par an d’équivalent d’alcool pur), celle des pays producteurs de vin, dont la France, a diminué très sensiblement. Elle est passée de 13 litres d’alcool pur en moyenne au début des années 80, à 9,5 litres aujourd’hui.

La baisse de la consommation de vin en France depuis 20 ans, en moyenne de 76 à 60 litres par an, est notable. Les “consommateurs réguliers” sont devenus minoritaires et se transforment en consommateurs occasionnels, voire en non consommateurs. Or, un consommateur occasionnel, avec 10 à 60 litres par an, consomme 6 fois moins qu’un consommateur régulier. Cette diminution concerne l’ensemble des tranches d’âge, traduisant un phénomène de rupture inter-générationnelle.

Soixante litres de vin par an représentent environ 6,6 litres d’alcool pur, soient les deux tiers de la consommation totale d’alcool des français. Encore trop ? Peut-être. Sans doute faut-il éclairer ces données quantitatives en rappelant le statut particulier de la consommation du vin en France, où 68% des consommateurs de vin déclarent en boire à l’occasion de repas ordinaires, contre 9% en Allemagne ou 19% en Suède.

Le sort du vin est donc étroitement lié à l’évolution des modes alimentaires, tandis que celui des autres alcools accompagne chez les jeunes l’émergence de comportements sociaux, nouveaux en France mais traditionnels dans les pays anglo-saxons.

Pour la première fois depuis 1980, on observe entre 1990 et 1995 une diminution du taux des non consommateurs de vin et une stabilisation des comportements de consommation régulière, particulièrement chez les femmes. Tout se passe comme si le vin bénéficiait des discours récents sur l’association positive d’une consommation modérée de vin avec la santé.

Qu’est ce qu’une consommation modérée ? Les prescriptions évoquent généralement 2 à 3 verres de 10 cl par jour, selon les individus, soit sur une année 70 à 110 litres de vin, et 8 à 13 litres d’alcool pur. Ce qui montre que l’indice d’alcool pur est, à lui seul, un indicateur imparfait de la consommation d’alcool.

Notons que la seule consommation de vin à cette dose ne peut couvrir les besoins en polyphénols et tanins, auxquels on attribue les effets bénéfiques du vin : il faut donc aussi consommer des légumes et des fruits, comme par exemple … du raisin !

 

Pr. François d’Hauteville
ENSA Montpellier