De plus en plus de parents utilisent comme substituts aux préparations pour nourrissons à base de lait de vache (laits 1er âge) des produits d’origines variables et souvent totalement incontrôlées. La motivation est fréquemment d’ordre idéologique et/ou psychologique : végétalisme, prétendue toxicité des dérivés du lait de vache, peur de la “vache folle”, des pesticides, des OGM… Elle peut être, hélas, le fait du pouvoir de conviction de certains acteurs de santé.

 
Or cette substitution est potentiellement dangereuse pour la croissance et la santé du nourrisson. Elle a pu aboutir, récemment dans notre pays, au décès d’un nouveau-né dans un état de multicarences.

 

Dans le cas d’une authentique allergie aux protéines du lait de vache (3% des nourrissons), le substitut offrant toutes les garanties d’hypoallergénicité et nutritionnelles doit être un hydrolysat poussé de protéines ayant fait l’objet d’études cliniques contrôlées.
Plus rarement, ce sera un soluté à base d’acides aminés. Les préparations pour nourrissons à base de soja peuvent éventuellement être utilisées chez des enfants âgés de plus de 6 mois.

 

La responsabilité du lait de vache n’a jamais été démontrée dans des infections ORL, des troubles digestifs ou du comportement. En revanche, son utilisation à la place de laits infantiles conduit à un excès d’apport protéique, minéral, de graisses saturées, et à une carence d’apport en acides gras essentiels, fer, zinc et vitamines.

 

Les laits de chèvre et de brebis sont encore plus inadaptés, car plus riches en protéines et en graisses et carencés en acide folique et en vitamine B12. Leur teneur en chlore a été rendue responsable d’une acidose hyperchlorémique. De plus, le risque d’allergies croisées avec les protéines du lait de vache s’élève à 50%.

 

Les produits à base de soja, différents des préparations pour nourrissons à base de soja, sont en fait des jus végétaux (appelés à tort “lait de soja”) trop riches en protéines et carencés en acides aminés essentiels, lipides, calcium, et fer. Ils contiennent des phytates, qui diminuent la biodisponibilité des minéraux, et des phytoestrogènes dont l’ingestion prolongée en bas âge est sujette aux plus grandes réserves.

 

L’emploi, malheureusement de plus en plus courant, d’ersatz de laits végétaux (jus d’amande, de châtaigne, de riz, d’avoine…), comporte beaucoup de risques : allergies aux fruits à coques, plus fréquentes, plus graves et plus prolongées que celles au lait de vache, retard de croissance et carences sévères en calcium, vitamines etmicronutriments.

 

Donc, de grâce, avec Montaigne “haïssons les (pseudo) remèdes qui importunent plus que la maladie”.

 

 

Dr Jean-Pierre Chouraqui
Service de gastroentérologie
et nutrition pédiatriques CHU de Grenoble.