Posthospital discharge feeding for preterm infants : effects of standard compared with enriched milk formula on growth, bone mass, and body composition. KOO W.W.K., HOCKMAN E.M. Am J Clin Nutr 2006 ; 84 : 1357-1364

 

Au cours des premiers mois de leur vie, les prématurés doivent rattraper leur retard staturo-pondéral : leurs besoins nutritionnels sont donc a priori plus élevés que ceux des nourrissons nés à terme. Des laits infantiles enrichis sont commercialisés dans ce but depuis plusieurs années aux USA, mais leur supériorité par rapport aux laits infantiles “standard” n’a pas été clairement démontrée.

 

Cette étude contrôlée randomisée a donc comparé, en double aveugle, un lait infantile “standard” et un lait infantile à haute densité énergétique et enrichi en certains nutriments (protéines, calcium et phosphore notamment) après un an d’utilisation par 89 prématurés.
Les enfants furent inclus dans l’étude à leur sortie de l’hôpital. Les parents reçurent pour consignes de les nourrir ad libitumet de ne pas donner à leur enfant de supplément en minéraux et en vitamines. À un an, 67 nourrissons seulement purent être revus.

 

À l’issue de l’étude, les enfants nourris au lait infantile “standard” avaient une taille, un poids et un périmètre crânien supérieurs à ceux des enfants ayant reçu le lait infantile enrichi. De même, la minéralisation osseuse, la masse maigre et la masse grasse se révélèrent plus élevées dans le groupe nourri au lait infantile “standard”.

 

Le résultat de cette étude est paradoxal : comment un lait infantile enrichi peut-il donner de moins bons résultats chez les prématurés qu’un lait infantile “standard” ? La réponse tient peut-être à certaines faiblesses méthodologiques de ce travail : d’une part, le groupe “lait enrichi” comportait beaucoup plus d’enfants de race noire ; d’autre part, les quantités de lait ingérées et les autres aliments proposés à partir de 9 mois étaient peut-être différents entre les deux groupes, ces données n’ayant pas été précisément mesurées pendant l’étude.

 
Enfin, des études antérieures avaient montré que les enfants “autorégulent” leurs apports caloriques, en consommant moins de lait enrichi que de lait “standard”.

 

L’utilité d’un lait infantile enrichi pour les prématurés est donc actuellement loin d’être prouvée, même si son utilisation paraissait a priorilogique : les études visant à démontrer des (apparentes) évidences ne sont donc pas inutiles !