Le plaisir est une grande invention de la Nature.

 
Le plaisir, associé aux comportements susceptibles de favoriser la sur vie d’un individu ou de l’espèce, est un mécanisme superbe pour favoriser la recherche et la consommation de ce qui est utile non seulement dans l’immédiat, mais aussi pour l’avenir. Certains philosophes et scientifiques ont d’ailleurs affirmé que le plaisir est toujours la signature d’un comportement utile.

 

Malheureusement, le monde actuel nous conduit à nous interroger sur le « trop » de plaisir qui, recherché pour lui-même et au-delà du besoin, mènerait à l’excès de calories, à l’obésité, au diabète, aux maladies cardio-vasculaireset autres syndromes métaboliques. On pourrait se croire chez un Molière du XXIe siècle dans cette succession de catastrophes. Les mouvements d’humeur contre la récente médicalisation du choix des aliments paraissent souvent justifiés.
Cependant, force est de constater que l’accès au plaisir alimentaire dans le monde d’aujourd’hui déborde souvent nos capacités d’adaptation à des conditions pour lesquelles la Nature ne nous a pas préparés.

 

Les humains aiment ce qui les nourrit, c’est ce qui a permis à leur espèce de survivre. Ils développent des préférences pour ce qui leur fournit de l’énergie et des nutriments. Le plaisir est notre guide dès la naissance (et peut-être même avant) et nous conduit à rechercher ces aliments dont nous avons appris qu’ils nous nourrissent. Nos ancêtres devaient profiter de la présence de sources d’énergie alimentaire et les ingérer, même sans faim, afin de se constituer des réserves corporelles qui augmentaient leurs chances de survivre en cas de pénurie. Ils avaient d’ailleurs un style de vie, sans voiture, sans ascenseur, sans chauffage central, qui leur donnait de multiples occasions d’utiliser ces réserves.

 

Notre monde n’est plus le leur. Notre plaisir alimentaire peut être obtenu pratiquement sans limites de temps ou de lieu, bien au-delà des besoins d’une vie de plus en plus sédentaire. Le plaisir est certes une dimension essentielle d’une « bonne » alimentation. Le problème est que ce plaisir excède souvent les capacités du mangeur à réguler son bilan d’énergie et l’expose à devoir évaluer ses comportements en termes de risques pour sa santé. À côté du plaisir de manger, il faudrait retrouver le plaisir du rassasiement, le plaisir de ressentir l’alternance entre satiété et faim, et même le plaisir délicieux d’éprouver de la faim avant un bon repas, sans parler du plaisir de bouger. Ces plaisirs multiples, et non pas le seul plaisir de consommer, sont les garants d’une saine alimentation.

 

 

France Bellisle
CRNH Ile de France, Bobigny.