L’expérience quotidienne montre que la diversification alimentaire, et son élargissement, demeurent délicats à mettre en place. Est-il possible de préparer cette transition importante dans la vie de l’enfant et partant de là, favoriser l’instauration d’une alimentation diversifiée et équilibrée ? Peut-être, car on sait maintenant que le liquide amniotique et le lait maternel véhiculent les molécules aromatiques des aliments consommés par la mère, et que l’exposition précoce de l’enfant à ces arômes peut jouer un rôle promoteur des premiers apprentissages alimentaires. Ainsi, des enfants nés de femmes ayant consommé des biscuits anisés en fin de grossesse se montrent particulièrement attirés par cet arôme à la naissance. D’autres enfants, exposés au cours des premières semaines à un arôme de camomille pendant la tétée, présentent au sevrage moins de mimiques négatives et des mises en bouche plus fréquentes pour cet arôme devenu familier comparativement à un arôme nouveau. L’enfant accepte donc plus facilement les aliments contenant des arômes déjà rencontrés in utero ou au cours de la tétée.Mais qu’en est-il des aliments nouveaux ?

 

Une hypothèse suggère que des fœtus et des nouveau-nés exposés à des stimulations aromatiques plus variées et plus nombreuses seraient moins difficiles et moins néophobiques au moment de la diversification alimentaire. Ce point, en cours d’exploration chez l’homme, est déjà vérifié chez l’animal : des lapines soumises à un régime alimentaire varié en fin de gestation donnent naissance à des lapereaux qui mangent plus facilement un aliment inconnu, par comparaison avec des lapereaux dont les mères n’ont consommé qu’un aliment unique.

 
De façon inattendue, les lapereaux exposés à la variété aromatique in utero se sont aussi montrés moins phobiques que les témoins lors de la présentation d’un objet visuel nouveau, ce qui suggère que la familiarisation précoce à la variété aromatique pourrait aussi avoir une influence plus globale sur l’intégration multimodale de l’environnement postnatal.

 

Si les travaux à venir confirment l’importance de l’expérience sensorielle précoce sur l’acceptabilité des aliments, l’instauration d’une alimentation diversifiée et la néophobie en général, il conviendra d’encourager les mères à adopter une alimentation diversifiée dès la grossesse ; et d’encourager encore plus vivement l’allaitement au sein, les laits maternels se distinguant des laits pour nourrissons par la richesse et la finesse de leur bouquet.

 

 

Luc Marlier
CNRS Laboratoire d’Imagerie et de Neurosciences Cognitives, Strasbourg