Diet, acetylator phenotype, and risk of colorectal neoplasia.
Roberts Thomson I.C. et al.
Lancet, 1996; 347, 1372-74.

 

Les cancérogènes alimentaires impliqués dans la genèse du cancer colorectal sont souvent issus du métabolisme des aliments par des enzymes de l’organisme : ainsi la N-acétyltransférase catalyse-t-elle la formation de dérivés cancérogènes à partir de la viande et du poisson cuits. Tous les individus ne sont cependant pas égaux au regard de cette enzyme : en raison d’un polymorphisme génétique, l’activité de la N-acétyltransférase est modeste chez certains sujets (“acétyleurs lents”) et plus importante chez d’autres (“acétyleurs rapides”). Il était donc logique de se demander si la consommation d’aliments tels que la viande cuite augmentait le risque de cancer colorectal dans toute la population ou seulement chez les “acétyleurs rapides”.

 

Une équipe australienne a tenté de répondre à cette question dans une étude cas-témoins portant sur 110 patients atteints d’un cancer colorectal, 89 patients avec adénome colorectal , et 110 témoins chez qui toute pathologie tumorale colorectale avait été exclue par lavement baryté ou coloscopie.

Le phénotype d’acétylation a été déterminé chez tous les participants à l’étude par le taux d’acétylation de la sulfamétazine. Le régime alimentaire a été estimé par autoquestionnaire validé. Le risque relatif de tumeur a été ajusté pour l’âge et l’apport calorique global, afin de permettre une comparaison des différents groupes de sujets.

Les résultats semblent conformes aux schémas physiopathologiques. Chez les “acétyleurs lents”, le risque relatif (R.R.) d’adénome ou de cancer colorectal n’augmente pas avec la consommation de viande. En revanche, les “acétyleurs rapides”, dont le risque relatif de cancer colique est déjà majoré à l’état basal (R.R. = 1,8), voient ce risque considérablement augmenter avec la consommation de viande, notamment chez les sujets de moins de 64 ans. Chez ceux-ci, une forte consommation de viande multiplie le risque d’adénome colique par 2,5, et celui de cancer colique par 8,9 (par rapport aux sujets consommant peu de viande).

 

Si les résultats de cette étude sont confirmés par d’autres travaux, les amateurs de viande auront intérêt à préciser leur phénotype d’acétylation, afin d’éviter tout excès s’ils sont “acétyleurs rapides” !