Fréquentes à l’adolescence, les conduites à risque s’intègrent dans la problématique spécifique de cette période de vie, ultime étape dans le processus d’accès à l’autonomie. Conscient qu’il doit à tout prix se “désengager” (maintenant ou jamais !), l’adolescent désempare ses parents par des attitudes d’originalité, des mouvements d’opposition et de provocation surgis de nulle part. Avec un but unique : éprouver les limites. Les siennes, tout d’abord, en testant sa résistance physique aux dangers (en scooter, en snow-board…), à l’alcool (avec le “binge drinking”) et  à tous les toxiques, et parfois même à la faim (avec les conduites anorexiques). Il en profite pour mettre à l’épreuve ses parents. Jusqu’où doit-il aller pour qu’ils le comprennent enfin? : “Vous n’avez pas à savoir où je suis, ni ce que je fais, encore moins ce que je pense !” Etre imprévisible lui permet de brouiller les cartes, d’accéder à une liberté revendiquée d’autant plus forte qu’elle est… redoutée. Car l’adolescence est l’âge des paradoxes et des confusions. Capable ou pas capable ? Partir ou rester ? Garçons ou filles ? Plaire ou déplaire ? …

 

Face aux profonds remaniements qui l’affectent (physiques, intellectuels, sexuels), l’adolescent ne sait plus qui il est, ni ce qu’il vaut. Sans doute cherche-t-il des indices dans le regard de ses parents, inquiets et surpris par cemutant fragile qui résiste sans cesse exactement là où ils insistent.
L’éventail des conduites à risque s’élargit à la hauteur des multiples sollicitations proposées aux adolescents ! Des addictions plus oumoins graves (cyberaddiction, toxicomanie, boulimie…) aux passages à l’acte suicidaire, les débordements comportementaux représentent un risque physique et psychique souvent délicat à évaluer. La plupart des troubles sont heureusement sans conséquences et ne sont que l’illustration transitoire du besoin d’autonomie et de désengagement de l’adolescent. Mal interprétées, ces attitudes peuvent polluer les relations familiales. Il suffit souvent d’en expliquer le sens pour désamorcer des situations explosives. En rappelant aux parents qu’il ne s’agit que d’une “crise” passagère, normalement difficile mais ô combien nécessaire pour commencer d’exister.

 
A grandir sans risque, on risque de ne pas grandir…

Pr. Olivier Revol
Chef du service Psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent.
Hôpital Neurologique et Neurochirurgical Pierre Wertheimer, Lyon.