Interview de Laurent Mosoni

 

Lauréat du Prix de Projet de Recherche Alimentation et Santé 1992,
Chercheur à l’INRA, Centre de Recherche en Nutrition Humaine d’Auvergne, Clermont-Ferrand.

 

Objectif Nutrition : Quel a été votre parcours depuis le Prix Institut Danone ?

Laurent Mosoni : Mon travail est resté axé sur la compréhension des mécanismes de la perte de masse musculaire au cours du vieillissement et la recherche de facteurs permettant de la limiter.
J’ai étudié successivement l’influence de facteurs nutritionnels, de l’activité physique et du stress oxydant.

 

O. N. : Qu’avez-vous découvert au sujet des facteurs nutritionnels ?

L. M. : Nous avons montré que la synthèse protéique était moins sensible à l’effet du repas chez les personnes âgées. Normalement, en phase post-prandiale, la synthèse protéique est stimulée ; avec le vieillissement, la stimulation est moins efficace.
Cette perte de sensibilité peut être restaurée par une augmentation de l’apport en protéines ou en certains acides aminés seulement, comme la leucine, qui a un effet signal, ou encore en modifiant la répartition de l’apport protéique dans la journée pour fournir 80%des protéines au repas de midi.

 

O. N. : Quel est le rôle de l’activité physique ?

L. M. : Certaines études chez l’homme indiquent que des exercices en résistance, de type musculation, permettent d’augmenter la masse musculaire, jusqu’à un âge avancé. Nous avons monté un protocole expérimental pour comparer l’effet de l’activité physique chez des rats jeunes et âgés, et nous avons effectivement observé un gain de la masse musculaire dans les deux groupes.

 

O. N. : Qu’avez-vous appris concernant le stress oxydant ?

L. M. : Nous avons montré chez le rat qu’une supplémentation en antioxydants, associant vitamines E et A, rutine, sélénium et zinc, permettait de restaurer la sensibilité de la synthèse protéique au repas. Le niveau du glutathion hépatique était plus élevé chez les rats supplémentés, mais les enzymes de la synthèse du glutathion n’étaient pas augmentées, ce qui suggère une épargne du glutathion. Les antioxydants agissent peut-être sur l’inflammation à bas bruit, fréquente au cours du vieillissement.

 

O.N. : Pouvez-vous nous décrire plus précisément vos études chez l’homme ?

L. M. : Deux études importantes ont été effectuées avec la participation de sujets volontaires et la collaboration de médecins au Centre de Recherche en Nutrition Humaine d’Auvergne, qui est une structure agréée pour ce type d’étude.

La première a étudié, pour un apport protéique quotidien normal, l’effet d’une modification de la répartition de cet apport au cours de la journée sur l’anabolisme protéique. Nous avons constitué 4 groupes de sujets : 2 groupes de personnes jeunes (âgées de 26 ans en moyenne) et 2 groupes de personnes âgées de 68 ans en moyenne, et nous avons comparé deux régimes : un régime étalé dans lequel l’apport en protéines était bien réparti au cours de la journée (matin, midi, goûter et soir), et un régime de charge, avec 80 % des protéines au repas de midi. L’étude a duré 4 semaines (dont 2 semaines d’acclimatation) et nous avons fait des bilans azotés et des mesures des flux protéiques au niveau du corps entier. Les résultats ont montré que le régime de charge était plus favorable à l’anabolisme protéique uniquement chez les personnes âgées.

La seconde étude concerne l’obésité et est encore en cours. Son objectif est de trouver le moyen de maintenir la masse maigre chez les personnes obèses qui suivent un régime restrictif. Il y a un seul groupe d’âge (des personnes jeunes), et l’on compare le régime de charge et le régime étalé, ainsi que deux types de protéines : des protéines qui se digèrent très lentement (les caséines) ou très vite (les protéines solubles du lait).

 

O. N. : Dans vos travaux chez l’animal, comment mesurez-vous les modifications de la masse musculaire ?

L. M. : La façon la plus directe de mettre en évidence un gain ou une perte de masse musculaire est de peser les muscles avant et après l’étude, mais ceci exige que l’animal soit sacrifié, et l’on ne peut donc pas avoir de données pré- et post-traitement chez un même individu. Il est toutefois possible de le faire au niveau d’un groupe : avant de démarrer le traitement, on abat une partie des rats pour peser leurs muscles.

Il est également possible de mesurer la masse maigre corporelle totale à l’aide d’un appareil à rayons X (DEXA - Dual Energy X-ray Absorptiometry) qui donne une estimation de la masse maigre, grasse et osseuse au niveau du corps entier. Les rats doivent être anesthésiés le temps de l’examen, mais on peut ainsi mesurer chez le même individu l’évolution de la masse maigre avant et après traitement. On peut combiner ces deux types d’approches longitudinales et transversales.

 

O. N. : Quelle synthèse pouvez-vous faire de l’ensemble de vos travaux ?

L. M. : Le principal déterminant de la fonte musculaire liée au vieillissement semble bien être une perte de sensibilité à l’effet du repas. Le seuil à partir duquel la synthèse protéique est stimulée est décalé chez les personnes âgées. Et il existe plusieurs moyens nutritionnels pour gérer ce décalage : augmenter l’apport en protéines - mais ce n’est pas évident chez une personne âgée qui manque d’appétit et il peut y avoir un impact sur la fonction rénale ; utiliser un régime de charge, tel que nous l’avons décrit ; augmenter l’apport en certains aminés seulement, comme la leucine dont le rôle signal a été bien étudié ; utiliser des protéines à digestion rapide et riches en leucine comme les protéines solubles du lait. Une piste plus récente indique qu’une supplémentation en nutriments antioxydants pourrait contribuer à normaliser ce seuil de stimulation de la synthèse protéique musculaire.

 

O. N. : Quelle est l’influence des lipides et des glucides ?

L. M. : Ceci a été peu étudié, mais les recommandations d’apports en lipides et en glucides sont certainement semblables chez les personnes adultes et les personnes âgées. A tous les âges, il vaut mieux éviter de consommer trop de sucres simples, ce qui peut contribuer aux phénomènes de glycation des protéines qui conduisent à l’inflammation et au stress oxydant. L’apport énergétique global doit être équilibré, ni excessif, ni déficitaire. En cas de déficit énergétique comme lors des maladies qui entraînent une perte d’appétît, le muscle serait sollicité pour pallier aux déficiences du régime et il y aurait une perte de masse musculaire.

 

O. N. : À quel âge survient la perte de sensibilité de la synthèse protéique ?

L. M. : C’est probablement un phénomène très progressif et très variable suivant les individus, comme tout phénomène biologique. Il dépend des stress et des maladies que chacun a subis, ainsi que de divers facteurs génétiques, environnementaux et hormonaux.

 

O. N. : Pouvez-vous nous décrire plus précisément vos études chez l’homme ?

L. M. : Deux études importantes ont été effectuées avec la participation de sujets volontaires et la collaboration de médecins au Centre de Recherche en Nutrition Humaine d’Auvergne, qui est une structure agréée pour ce type d’étude.

La première a étudié, pour un apport protéique quotidien normal, l’effet d’une modification de la répartition de cet apport au cours de la journée sur l’anabolisme protéique. Nous avons constitué 4 groupes de sujets : 2 groupes de personnes jeunes (âgées de 26 ans en moyenne) et 2 groupes de personnes âgées de 68 ans en moyenne, et nous avons comparé deux régimes : un régime étalé dans lequel l’apport en protéines était bien réparti au cours de la journée (matin, midi, goûter et soir), et un régime de charge, avec 80 % des protéines au repas de midi. L’étude a duré 4 semaines (dont 2 semaines d’acclimatation) et nous avons fait des bilans azotés et des mesures des flux protéiques au niveau du corps entier. Les résultats ont montré que le régime de charge était plus favorable à l’anabolisme protéique uniquement chez les personnes âgées.

La seconde étude concerne l’obésité et est encore en cours. Son objectif est de trouver le moyen de maintenir la masse maigre chez les personnes obèses qui suivent un régime restrictif. Il y a un seul groupe d’âge (des personnes jeunes), et l’on compare le régime de charge et le régime étalé, ainsi que deux types de protéines : des protéines qui se digèrent très lentement (les caséines) ou très vite (les protéines solubles du lait).

 

O. N. : Dans vos travaux chez l’animal, comment mesurez-vous les modifications de la masse musculaire ?

L. M. : La façon la plus directe de mettre en évidence un gain ou une perte de masse musculaire est de peser les muscles avant et après l’étude, mais ceci exige que l’animal soit sacrifié, et l’on ne peut donc pas avoir de données pré- et post-traitement chez un même individu. Il est toutefois possible de le faire au niveau d’un groupe : avant de démarrer le traitement, on abat une partie des rats pour peser leurs muscles.

Il est également possible de mesurer la masse maigre corporelle totale à l’aide d’un appareil à rayons X (DEXA - Dual Energy X-ray Absorptiometry) qui donne une estimation de la masse maigre, grasse et osseuse au niveau du corps entier. Les rats doivent être anesthésiés le temps de l’examen, mais on peut ainsi mesurer chez le même individu l’évolution de la masse maigre avant et après traitement. On peut combiner ces deux types d’approches longitudinales et transversales.

 

O. N. : Quelle synthèse pouvez-vous faire de l’ensemble de vos travaux ?

L. M. : Le principal déterminant de la fonte musculaire liée au vieillissement semble bien être une perte de sensibilité à l’effet du repas. Le seuil à partir duquel la synthèse protéique est stimulée est décalé chez les personnes âgées. Et il existe plusieurs moyens nutritionnels pour gérer ce décalage : augmenter l’apport en protéines - mais ce n’est pas évident chez une personne âgée qui manque d’appétit et il peut y avoir un impact sur la fonction rénale ; utiliser un régime de charge, tel que nous l’avons décrit ; augmenter l’apport en certains aminés seulement, comme la leucine dont le rôle signal a été bien étudié ; utiliser des protéines à digestion rapide et riches en leucine comme les protéines solubles du lait. Une piste plus récente indique qu’une supplémentation en nutriments antioxydants pourrait contribuer à normaliser ce seuil de stimulation de la synthèse protéique musculaire.

 

O. N. : Quelle est l’influence des lipides et des glucides ?

L. M. : Ceci a été peu étudié, mais les recommandations d’apports en lipides et en glucides sont certainement semblables chez les personnes adultes et les personnes âgées. A tous les âges, il vaut mieux éviter de consommer trop de sucres simples, ce qui peut contribuer aux phénomènes de glycation des protéines qui conduisent à l’inflammation et au stress oxydant. L’apport énergétique global doit être équilibré, ni excessif, ni déficitaire. En cas de déficit énergétique comme lors des maladies qui entraînent une perte d’appétît, le muscle serait sollicité pour pallier aux déficiences du régime et il y aurait une perte de masse musculaire.

 

O. N. : À quel âge survient la perte de sensibilité de la synthèse protéique ?

L. M. : C’est probablement un phénomène très progressif et très variable suivant les individus, comme tout phénomène biologique. Il dépend des stress et des maladies que chacun a subis, ainsi que de divers facteurs génétiques, environnementaux et hormonaux.