Le mythe des vertus bénéfiques de l’alimentation sur la performance physique fait partie depuis toujours de l’imaginaire des sportifs. Aujourd’hui encore une part d’irrationnel reste ancrée dans leurs conduites alimentaires. Elle concerne l’alimentation protéique. Les propos du camarade d’entraînement, de l’entraîneur ou du représentant en diététique dite sportive poussent parfois l’athlète à consommer des suppléments protéiques. Que doit en penser le médecin ?

 

Le comportement des pratiquants des sports d’endurance, qui réduisent volontairement leurs apports carnés, s’oppose à celui des athlètes des sports de force qui s’astreignent à une alimentation hyperprotéique. Les premiers sont les victimes involontaires d’une rumeur largement répandue dans le monde du sport selon laquelle la consommation de viande serait toxique pour le muscle. Les seconds, à l’instar des animaux d’élevage, ingèrent des poudres de protéines dans l’espoir de “faire de la viande”. Aucune de ces deux attitudes ne repose sur des bases scientifiques sérieuses.

 

La balance azotée s’équilibre lorsque les apports en protéines se situent aux alentours de 1,6 g/kg/j pour les sportifs d’endurance et de 1,2 g/kg/j pour les sportifs de force (qui pèsent beaucoup plus lourd !).

 

En pratique, il faut donc stimuler les premiers et modérer les seconds :

convaincre les sportifs d’endurance qu’il n’a jamais été prouvé que l’alimentation carnée soit toxique pour le muscle. A l’inverse, une restriction des apports en viande appauvrit l’organisme en fer et accroît le déficit quasi physiologique en cet élément des coureurs de longue distance. Expliquer aux adeptes des salles de musculation que l’augmentation de la masse musculaire est un processus régulé à plusieurs niveaux. Un surplus d’apport protéique est incapable à lui seul de permettre un dépassement du niveau maximal des synthèses.

 

Des variations importantes de l’apport protéique modifiant l’équilibre azoté peuvent influencer le métabolisme énergétique de l’effort. Une carence sévère en protéines réduit la capacité de stocker et de mobiliser les réserves glycogéniques, carburant noble de l’effort. Un excès d’apport protéique aboutit au même résultat : certains sportifs de disciplines à catégories de poids se soumettent ainsi à des régimes hypocaloriques hyperprotéiques pour perdre les ultimes kilos avant la compétition.

La masse grasse se réduit, les réserves glycogéniques aussi. Il en résulte une diminution importante de la capacité à fournir des efforts intenses. Ni trop, ni trop peu : la performance physique est maximale lorsque les apports protéiques équilibrent les besoins.

 

Pr Ch. GUEZENNEC
CERMA
Centre d’Essai en vol