Les Apports Nutritionnels Conseillés (ANC) ont été élaborés pour répondre aux besoins nutritionnels de 97 % de la population en bonne santé. Ils ont été établis de façon extrêmement précise et rigoureuse, et sont essentiels pour l’établissement de recommandations nutritionnelles à l’échelon de la population française, telles que peuvent les formuler les pouvoirs publics lors de campagnes de prévention ou à destination des cantines scolaires, par exemple.

 

Par définition, les ANC ne s’appliquent pas à un individu donné. Ils doivent donc être distingués des besoins nutritionnels individuels qui s’inscrivent, eux, dans un objectif médical particulier.

 

Comme les ANC établissent des recommandations destinées à couvrir les besoins de la quasi-totalité de la population, ils excèdent le besoin moyen de cette population. Si on devait – ce qui peut être utile dans certaines situations individuelles – comparer à une “norme”, la moins fausse à l’échelon d’un individu serait de se référer à ce besoin moyen (c’est-à-dire, par exemple, pour les apports énergétiques, 77 % des ANC).

 

Les besoins nutritionnels varient d’un individu à l’autre, en particulier ceux de l’adolescent où le stade pubertaire, le terrain génétique et l’activité physique jouent un rôle très important, rendant l’application individuelle des ANC à cette tranche d’âge particulièrement difficile.

 

Utiliser une “norme” comme finalité pour un individu comporte alors certains dangers, comme celui d’induire un sentiment de culpabilité chez l’enfant et ses parents, ou de ne pas prendre en compte les autres dimensions de l’alimentation, qui ne se résume pas à un calcul des nutriments ingérés. Autre danger : celui d’instaurer le “terrorisme” des calories, en particulier auprès des adolescentes chez qui on connaît le risque de troubles du comportement alimentaire. Comme dans beaucoup de situations médicales, le dialogue, le bon sens, l’étude de la cinétique de la courbe de croissance (plutôt qu’un point isolé) restent des éléments fondamentaux pour apprécier l’équilibre alimentaire d’un enfant. La réponse à la question de savoir si l’on peut utiliser les ANC pour l’enfant est donc clairement « non », lorsqu’il s’agit pour le praticien d’établir une recommandation individuelle.

 

Pr. Frédéric GOTTRAND
Clinique de Pédiatrie,
CHRU et Faculté de Médecine de Lille