De nombreuses études ont montré l’influence des messages publicitaires sur le comportement alimentaire, en particulier celui des enfants. Ces derniers sont en effet soumis à une pression importante : en moyenne un enfant de 6-12 ans passe deux heures par jour devant la télévision, 70% des publicités pour les enfants sont des publicités pour des produits alimentaires et 70% d’entre elles concernent des produits sucrés ou des bonbons. Depuis un an sont donc apparus dans notre pays, à l’initiative du législateur dans le cadre du Programme National Nutrition Santé, des messages accompagnant les publicités pour les produits alimentaires dans les programmes télévisés ou dans la presse destinés aux enfants : “pour bien grandir, mange au moins 5 fruits et légumes/jour”, “…ne mange pas trop gras, trop sucré, trop salé”, “pour être en forme, dépense toi bien” et “…évite de grignoter dans la journée”.

 

Alors qu’on observe une augmentation de l’obésité chez l’enfant, même si le lien direct reste à démontrer, l’objectif est de “contrebalancer”, par des informations nutritionnelles médicalisées, le message incitatif à consommer fondé quasi exclusivement sur la notion de plaisir. Il faut reconnaître le caractère positif de ces messages, visant plus à inciter qu’à menacer ou faire peur (à la différence des messages associés au tabac et aux boissons alcoolisées). On peut se poser cependant la question du risque de médicalisation de l’alimentation, de schématisation ou de diabolisation de cet acte naturel et vital. Un cookie, un hamburger ou un soda sont agréables au goût (en tout cas les enfants les plébiscitent) et sans danger pour la santé, sous réserve bien entendu que leur consommation soit raisonnable et s’intègre dans une alimentation diversifiée.

 

Certains mettent aussi en balance le risque (non démontré non plus) que ces messages normatifs et médicalisés favorisent l’apparition de troubles du comportement alimentaire chez des adolescent(e)s à risque : boulimie, anorexie mentale dont la prévalence semble également en augmentation dans notre pays. La mise en place annoncée des « profils nutritionnels » ne fera que renforcer cette tendance, observée dans tous les pays développés, de classer et choisir ses aliments en fonction de ce qui est “bon” ou “moins bon” pour la santé. Maintenir une communication non culpabilisante, individualisée, ciblée sur des groupes à risque et intégrant la dimension sociale et hédonique de l’alimentation reste un défi important à relever pour les années futures, tant pour l’industrie alimentaire que pour la santé publique.

 

Pr. Frédéric GOTTRAND
CHRU de Lille
Faculté de médecine, Université Lille 2