Combien de fois faut-il manger par jour ? La fréquence et le nombre de prises alimentaires ont-ils des conséquences pour la santé ? Les avis à ce sujet, que l’on soit spécialiste ou non, sont le plus souvent fermes, voire passionnels.

 

Que valent les arguments avancés d’un point de vue scientifique ?

 

 

Au dessus d’un minimum de trois repas par jour étant, les études dans ce domaine sont rares et leurs conclusions divergent. Cette divergence tient en partie à la méthodologie : définition de la prise alimentaire, difficulté à observer les conduites, à déterminer la composition énergétique minimale d’une prise alimentaire et le temps entre deux prises pour les considérer comme distinctes.

La chronobiologie, qui pourrait mettre en évidence l’existence de rythmes “naturels”, n’apporte pas de réponse pour l’instant, hormis le fait que l’horloge interne soit influencée autant par des données endogènes, surtout circadiennes, que par des données exogènes, liées aux contextes sociaux et de vie : on observe dans les différentes cultures des traditions très différentes, depuis le respect strict de trois repas par jour jusqu’au grignotage quasi constant, tout au long de la journée.

Les travaux concernant la balance énergétique et la fréquence de la prise alimentaire rejettent toute liaison significative.

Aucune étude épidémiologique sérieuse ne permet d’établir une corrélation entre le fractionnement des prises et le maintien de la sveltesse ou la possibilité de mieux maigrir. De même, il n’a jamais été scientifiquement démontré que la réduction systématique, sévère, de l’énergie ingérée associée à un fractionnement des repas pouvait faire bénéficier à long terme d’une meilleure santé et d’une plus grande longévité.

La relation entre nombre de prises alimentaires et obésité n’a pas été prouvée, et la régulation des macro et micronutriments ne serait pas tributaire du nombre de prises alimentaires.

Les études concernant l’influence de la fréquence des prises alimentaires sur l’abaissement du cholestérol (LDL) reconnaîtraient un certain avantage aux prises fractionnées, mais seulement dans une partie de la population. D’où la nécessité d’effectuer des études complémentaires, plus fiables.

De la confrontation de ces points de vue lors d’un colloque tenu à Paris, l’on doit retenir deux conclusions :

- on ne dispose pas actuellement de preuves de lien entre la périodicité de la prise alimentaire et la santé, sauf chez les sportifs de haut niveau et certains diabétiques insulino-dépendants.
- le rythme des prises est avant tout fonction de contextes culturels et sociaux et de ce que l’on mange : le repas n’a pas la même composition à New York ou à Shanghai !

 

Pr Matty CHIVA
Université de Paris X-Nanterre