Les statisticiens nous ont convaincus, ces trente dernières années, que la démonstration de l’efficacité d’un produit ou d’un traitement, même nutritionnel, passe par des essais randomisés double aveugle sur des échantillons représentatifs de la population ciblée : c’est la “médecine fondée sur les preuves”. Quand un essai randomisé double aveugle est positif, le scientifique peut encore douter. Il est alors souhaitable de disposer d’essais de confirmation, menés dans l’idéal par des équipes de chercheurs indépendants. Une fois la démonstration faite, il convient encore de ne pas l’extrapoler abusivement.

 

L’effet positif de certains probiotiques dans le traitement de gastro-entérites, diarrhées aux antibiotiques, pochites réfractaires après anastomose iléoanale, ou encore d’intolérance au lactose, a été démontré avec un niveau de preuve très élevé. Pourquoi donc encore en douter ? Deux raisons peuvent y concourir et constituent une menace au développement scientifique. La première est l’extrapolation abusive de résultats (communication mensongère) et la seconde l’imperméabilité injustifiée à des résultats (étroitesse d’esprit ou parti pris).

 

L’extrapolation est tentante… Elle peut consister à attribuer à certaines souches les bénéfices observés avec d’autres, économisant le coût d’études, mais exposant à la tromperie. Elle peut aussi porter sur les effets attendus et attribuer à une souche efficace sur une fonction des effets bénéfiques sur des fonctions différentes. Enfin, la nécessité de simplifier le message publicitaire pour le rendre compréhensible à tous majore ce risque.

 

Cependant, le danger vient aussi de blocages, parfois sévères chez certains, dans la réception de l’information. Une génération entière de chercheurs a pensé que les probiotiques ne pouvaient pas être efficaces et a construit des barrières qui les conduisent aujourd’hui à refuser l’évidence : “les probiotiques sont détruits dans l’estomac…”, “ils ne peuvent pas coloniser l’intestin”…

 

Si vous vous reconnaissez dans l’un de ces mouvements de pensée : stop… Aujourd’hui, il semblerait absurde de poser la question : “les antibiotiques, une efficacité démontrée ?” Il en est déjà de même pour les probiotiques pour lesquels la question d’actualité est maintenant : “quels effets ont été démontrés avec un bon niveau de preuve et avec quel probiotique ?”

 

Pr. Philippe MARTEAU
Hôpital Européen Georges Pompidou AP/HP,
Paris