Les bénéfices du dépistage et du traitement de l’hypercholestérolémie chez le sujet âgé restent débattus et incertains face à la fréquence des maladies cardio-vasculaires au-delà de 70 ans.

Aux USA, l’application aux seniors des recommandations faites aux adultes plus jeunes conduirait à une intervention diététique chez 50% des personnes âgées de plus de 65 ans et médicamenteuse chez 16% …

Certains arguments plaident en faveur du traitement : d’abord le fait que si le lien entre taux élevé de cholestérol total (et de LDL cholestérol) et coronaropathie ou accident vasculaire cérébral (AVC) ischémique diminue au-delà de 65 ans, le risque absolu augmente en raison de la fréquence croissante des coronaropathies avec l’âge. Ensuite, le fait que les pathologies cardio-vasculaires sont source de mortalité (80% des décès de cause cardio-vasculaire surviennent après 65 ans) mais aussi de morbidité, par AVC en particulier. Or la prévention de la perte d’autonomie est aussi un objectif dans cette population.

D’autres arguments apparaissent plutôt défavorables au traitement : l’hypocholestérolémie est associée à une augmentation de la mortalité totale, par AVC hémorragique ou par cancer ; les interventions diététiques peuvent induire des carences dans cette population habituellement compliante, déjà exposée au risque de dénutrition. De plus, chez des patients coronariens d’âge moyen, les traitements hypocholestérolémiants diminuent la mortalité et l’incidence des AVC ischémiques, mais il n’y a pas d’études de prévention secondaire au-delà de 75 ans et les études de prévention primaire sont inexistantes après 65 ans.
Enfin, les médicaments hypocholestérolémiants ne sont pas sans risque chez ces patients souvent polymédiqués.

Alors, quel choix faire ? Seules des études réalisées chez des personnes âgées en bonne santé, mais aussi polypathologiques, évaluant le bénéfice du traitement en termes de survie et surtout de qualité de vie, pourront le dicter.

En attendant ces données, le dépistage de l’hypercholestérolémie ne s’impose pas après 75 ans. Si l’hypercholestérolémie est déjà connue et n’est pas une hypercholestérolémie secondaire ou une hyperHDLémie coronaroprotectrice, il convient d’agir sur les autres facteurs de risque et d’évaluer l’intérêt d’un traitement médicamenteux en prévention secondaire. Le bénéfice escompté pourra être estimé en fonction de l’état de santé du patient et de son espérance de vie. Dans tous les cas, il faut éviter un régime hypolipémiant strict et favoriser une alimentation diversifiée et équilibrée : à cet âge, il ne doit plus y avoir d’aliment interdit en raison d’une hypercholestérolémie.

 

Dr V. DARDAINE
C.H.U. Tours