Nous sommes de plus en plus fréquemment interpellés sur le contenu de nos assiettes. Entre les analyses épidémiologiques ou scientifiques, l’évolution des données et des méthodes d’évaluation, le débat contradictoire, les idées reçues et les croyances, il devient de plus en plus difficile de trier le bon grain de l’ivraie. La prudence devrait être l’apanage de tout professionnel de santé et de tout journaliste. Leurs avis devraient en toute circonstance tenir compte des exigences de la médecine par les preuves et de l’objectivité indispensable en matière de Santé Publique.

 

La nutrition est un domaine où la recherche est en pleine expansion. Si les études permettent de mieux comprendre les mécanismes physiopathologiques et la place de l’alimentation dans le développement de l’obésité ou du diabète, leurs résultats, perçus parfois comme contradictoires, peuvent déstabiliser. La consommation d’un verre de vin par jour n’a-t-elle pas pu être recommandée en prévention des maladies cardio-vasculaires jusqu’à ce qu’elle soit récemment proscrite par les cancérologues ? Parfois, la transmission d’informations validées se fait sur le mode provocateur, sans tenir compte de l’effet négatif qu’elle peut engendrer. La prédisposition génétique de l’épidémie de l’obésité a pu faire écrire que “c’est parce qu’on est obèse que l’on mange trop”. Dans le même ordre d’idée, on pourrait se demander si la démangeaison précède la puce. Bien sûr, des études étayées rendent compte de l’importance des facteurs génétiques dans le développement de l’obésité, mais d’autres, tout aussi sérieuses, soulignent l’impact de l’alimentation déséquilibrée et de la sédentarité.

 

La nutrition est la science de l’équilibre, mais les consommateurs et les patients restant toujours friands d’une “recette miracle”, l’explication “geneticus” tombe à point dans l’assiette. On peut d’ailleurs aussi se demander pourquoi ce type d’affirmation rencontre un tel écho aujourd’hui ? Les mangeurs seraient-ils las d’entendre sans cesse parler d’obésité ? Tous, du médecin au journaliste, du sénateur au Président, tous se prévalent pourfendeurs de cet ennemi cruel : prise de position facile quimet tout le monde avec vous !

 

Informer… Oui, mais en pagayant à contrecourant… Non. C’est pourtant une stratégie de communication bien connue : cela fait des ondes et du buzz et les feux de la rampe sont alors sur vous… un temps. Les remous font des vagues et pour les patients qui sont - eux - dans la barque, ça tangue avec des chavirages et, forcément, quelques noyés au passage. Et, en fin de compte, tout lemonde y perd : le PNNS, sa crédibilité ; la nutrition, son sérieux ; et les nutritionnistes, le respect et l’écoute.

Docteur Martine Pellae
Nutrition/diabétologie
Hôpital Bichat,Paris