Objectif Nutrition : Sur quoi travailliez- vous lorsque vous avez reçu le Prix Institut Danone ?

Luc Marlier : Nos recherches portaient alors sur l’aptitude des nouveau- nés à détecter les propriétés sensorielles des aliments lactés qui leurs sont destinés, un sujet sur lequel il n’existait quasiment aucune donnée. En présentant simultanément une compresse imprégnée d’eau et une autre de lait de chaque côté du visage, les enfants recherchaient activement la compresse lactée, ce qui souligne leur sensibilité aux qualités olfactives des laits qu’ils ingèrent.

 

O.N. : Quelles ont été les suites de ces travaux ?

L. M. : Par la suite, nous avons pu montrer que tous les laits ne détenaient pas le même pouvoir d’attraction. Ainsi, âgés à peine de 3 jours, les nouveau-nés se montrent plus attirés par l’odeur du lait humain que par celle des formules lactées pour nourrissons.
Cette attractivité différentielle ne dépend pas de l’expérience postnatale car même les enfants nourris au biberon préfèrent l’odeur du lait humain. La préférence envers le lait humain pourrait en revanche reposer sur des acquisitions prénatales, le nourrisson retrouvant dans ce lait des éléments olfactifs déjà rencontrés in utero ; une autre possibilité serait que le lait humain contiendrait des éléments spontanément attractifs pour l’enfant, qu’il reste cependant à identifier.

 

O.N. : Quels sont vos autres axes de recherches ?

L.M. : Au laboratoire d’Imagerie et de Neurosciences Cognitives de Strasbourg (CNRS), nous tentons d’évaluer par exemple l’impact des expériences sensorielles précoces sur la mise en place des préférences alimentaires. C’est une question importante pour comprendre les déterminants de l’obésité infantile, souvent associée à un répertoire alimentaire restreint. Dans une étude longitudinale, nous avons pu montrer que des enfants familiarisés avec une odeur au cours des premières semaines de vie gardaient cette expérience en mémoire pendant plusieurs années et préféraient par la suite boire un biberon dont la tétine a été aromatisée avec l’odeur familière.
Chez les prématurés, nous essayons de savoir s’il est possible de compenser la privation sensorielle liée au développement en incubateur par l’apport de stimulations olfactives et alimentaires susceptibles d’améliorer leurs prises alimentaires et de réduire la survenue de comportements néophobiques plus tard au cours de l’enfance.