Pr Dr Isabelle ROYER

 

On a attribué au magnésium de multiples effets, jusqu’à celui de renforcer les capacités intellectuelles et physiques. En réalité, si le magnésium est un cation essentiel, sa carence reste exceptionnelle grâce à sa présence dans les aliments et à la capacité du tube digestif et du rein à s’adapter au déficit d’apport. Il n’existe donc pas d’argument scientifique pour supplémenter en magnésium les asthéniques, les irritables et les personnes souffrant de troubles fonctionnels aspécifiques.

 

Les effets délétères observés en cas d’hypomagnésémie dans les maladies digestives ont poussé à attribuer au magnésium un statut magique de complément alimentaire aux multiples effets : laxatif doux, anti-fatigue, anti-crampes musculaires, permettant à dose pharmacologique de renforcer les capacités intellectuelles et physiques. Qu’en est-il vraiment ? Présent dans tous les tissus et dans toutes les espèces vivantes du monde végétal et animal, le magnésium remplit de multiples fonctions. Il est le cofacteur de nombreuses enzymes intervenant dans les réactions énergétiques (synthèse d’ATP, notamment musculaire, glycolyse) et dans la synthèse protéique.

Il participe à la contraction des protéines du cytosquelette, à la transmission neuromusculaire, et à l’homéostasie du calcium et du potassium.
Constituant de la chlorophylle, il joue un rôle important dans la photosynthèse végétale.

 


I - MÉTABOLISME DU MAGNESIUM

Le magnésium est absorbé essentiellement dans l’iléon et le côlon. En cas de carence, une absorption jéjunale est possible. La vitamine D en stimule l’absorption. Le coefficient d’absorption digestive (40 à 60%), assez faible, varie d’un individu à l’autre et d’une condition à l’autre (augmenté en cas de carence, diminué en cas d’excès). Il est peu différent d’un sel à l’autre (excepté l’hydroxyde de magnésium, peu absorbable). Les pertes de magnésium, d’environ 125 à 425 mg/j chez l’adulte (5 à 17 mmol/j), s’effectuent par voie digestive et urinaire : 50 à 80% du magnésium sont excrétés dans les selles, le reste dans les urines. L’homéostasie du magnésium est assurée principalement par le rein : le magnésium est réabsorbé dans la branche ascendante de l’anse de Henlé et le tubule distal. De nombreux facteurs, hormonaux ou non, influencent cette réabsorption : le principal est la concentration plasmatique du magnésium. En cas de déficit chronique et de carence en magnésium, les pertes rénales diminuent à 125-150 mg/j (5 à 6 mmol/j) et le rendement digestif double.

 

II - APPORTS RÉELS ET RECOMMANDÉS

Etant donné le faible rendement de l’absorption digestive, les apports recommandés se situent, selon les experts, entre 300 et 400 mg/j. Les sujets bien portants ont rarement des apports inférieurs à 250 mg/j (Figure 1).

 

Les apports moyens sont proches ou supérieurs aux apports recommandés. Il y a peu ou pas d’état de carence alimentaire chez l’enfant. Chez l’adolescent et l’adulte, 5 à 15% des sujets ont des apports inférieurs aux recommandations.

L’ajout systématique de magnésium au sein de certains aliments (céréales) ne fait pas l’unanimité, d’autant que le magnésium est présent dans la plupart des aliments végétaux, et notamment dans les graines de type amandes, noix, noisettes et cacao (150 à 250 mg/100 g). Dans l’alimentation usuelle, les poissons, les légumes secs, les fromages et les eaux richement minéralisées se révèlent les principales sources de magnésium (Tableau 1)
Le tableau 2 indique les apports actuellement recommandés (en mg/jour) en calcium, phosphore et magnésium, trois minéraux entrant dans la composition des os et indispensables au fonctionnement neuromusculaire.

 

III - PATHOLOGIES DU MAGNESIUM

 

Les déficits en magnésium
Plusieurs situations peuvent conduire à un déficit en magnésium :
· un déficit d’apport par restriction alimentaire chronique, les apports en magnésium étant étroitement liés aux apports énergétiques.

 

D’après Potier de Courcy G., Dossier conjoint IFN / ANIA / Alliance 7
Actes des colloques scientifiques, IFN, Octobre 1998

 

· certaines maladies digestives : entéropathies avec malabsorption et/ou diarrhée hydro-électrolytique, alcoolisme, pancréatite chronique.
· des pertes urinaires : néphropathies (tubulopathies de l’anse de Henlé), diurétiques de l’anse à forte dose, hyperminéralocorticisme.
Cependant, les mécanismes de régulation limitent les conséquences de ce déficit, sauf dans deux rares maladies héréditaires : l’hypomagnésémie primaire par malabsorption et la perte rénale congénitale de magnésium.

 

Expression clinique des déficits en magnésium
La plupart des symptômes ne sont pas spécifiques et une déplétion magnésique symptomatique est habituellement associée à d’autres anomalies ioniques comme l’hypocalcémie, l’hypokaliémie et l’alcalose métabolique.

 

TENEUR EN CALCIUM, PHOSPHORE ET MAGNESIUM
DE DIFFERENTS ALIMENTS (en mg/100 g)
  Calcium Phosphore Magnésium
Poissons 20-40 150-450 25-35
Viandes 5-15 170-240 20-25
Jambon,pâté,saucisson 10 220 15-20
Oeuf (100 g) 60 200 10-12
Fromages à pâte dure 880-1180 720 45-50
Lait 115 85 10
Yaourt 150 112 10-14
Pâtes alimentaires, riz 5-10 35-45 10-15
Riz complet 9 80 40
Pommes de terre 10-15 30-50 15-35
Pains et biscottes 25 90 20-25
Céréales petit déjeuner 25 110 30-37
Légumes secs 15-70 50-200 32-40
Fruits et légumes frais 10-50 20-40 10-15
Chocolat 50 170 110

D’après CIQUAL, 1996.

 

APPORTS RECOMMANDÉS (en mg/jour)
AGE Calcium Phosphore Magnésium
0 à 1 an 400 300 60
1 à 3 ans 600 500 80
3 à 6 ans 800 700 120
6 à 10 ans 800 700 170
10 à 14 ans      
- garçons 1000 900 400
- filles 1200 1000 280
14 à 18 ans      
- garçons 1000 900 400
- filles 1200 1000 300
Hommes adultes 800 700 350
Femmes adultes 1000 900 280
Femmes enceintes 1200 1000 340
Femmes allaitantes 1200 1000 340

D’après DUPIN H. Paris, 1992.

 

L’expression la plus fréquente est l’hyperexcitabilité neuromusculaire apparaissant en général pour des magnésémies inférieures à 0,50 mmol/L : ce sont des manifestations spasmophiliques peu spécifiques : hyperémotivité, tremblements, asthénie, paresthésies des extrémités, crampes, oppression thoracique.

La symptomatologie peut être celle d’une hyperexcitabilité cardio-vasculaire palpitations, troubles du rythme paroxystiques (arythmies ventriculaires ) et à l’électrocardiogramme, élargissement de QRS et inversion de l’onde T.

Le diagnostic est facilité s’il existe un signe de Chvostek et/ou des perturbations de l’électromyogramme.

 

La correction du déficit en magnésium
Dans les situations sévères ou de réanimation, cette correction se fait par voie parentérale. En dehors de ces rares situations, il faut préférer la voie orale : les différents sels de magnésium proposés ont un coefficient d’absorption digestive équivalent, exceptés les hydroxydes peu absorbables. On prescrira, en cas de déficit sévère, entre 375 et 500 mg/jour (15 à 20 mmoles/j), ou en cas de déficit modéré, entre 125 et 375 mg/jour (5 à 15 mmoles/j), en trois prises.

 

LE MAGNESIUM DANS L’ORGANISME :
- L’essentiel du magnésium est intracellulaire (> 98 %).
- L’organisme contient de 25 à 28 g de magnésium pour un homme de 70 kg :
  - 60% sont stockés dans l’os, où il participe au maintien in situ du calcium et du phosphore.
- 25 % sont utilisés par le muscle.
- La quasi totalité du reste (15%) se situe dans le foie et le système nerveux.
- Le sang en contient 0,6 à 1,0 mmol/L.

 

Le magnésium per os a des effets indésirables : douleurs abdominales et diarrhée, expliquées par la charge osmotique et par l’effet du magnésium sur la motricité colique. En revanche, il n’est pas démontré que la prescription de magnésium dans les états d’asthénie et de troubles fonctionnels divers soit utile.

Chez la femme enceinte, l’intérêt d’une supplémentation en cas de crampes reste à prouver.

 

LES DOSAGES DU MAGNÉSIUM:
  Magnésium plasmatique: 15 à 25 mg/L (0,6- 1,0 mmol/L)
Magnésium érythrocytaire : 50 à 75 mg/L (2-3 mmol/L)
Magnésium intracellulaire: 250 à 350 mg/L (10-14 mmol/L).

 

Il est le seul vrai reflet du stock en magnésium dans l’organisme mais son dosage n’est effectué que par des laboratoires de recherche. Le dosage du magnésium plasmatique apprécie le magnésium total, lié et libre. Il ne reflète pas bien le stock de magnésium. Il en est de même du magnésium érythrocytaire. On a proposé soit l’étude de l’excrétion urinaire qui, en dehors d’une pathologie rénale, reflète un éventuel déficit, soit un test de charge en magnésium.

25 mg = 1 mmol = 2 mEq

 

L’hypermagnésémie
Elle ne s’observe guère qu’en cas d’insuffisance rénale, surtout aiguë, ou d’apports parentéraux excessifs, exceptionnellement lors d’apports abusifs par voie orale.

Des signes cliniques apparaissent lorsque la magnésémie devient supérieure à 5 fois la normale : hypotension, somnolence, nausées, bradycardie, augmentation de l’espace PR à l’électrocardiogramme. Le traitement repose sur l’arrêt des apports, voire l’hémodialyse.

 

IV - CONCLUSION

Le magnésium est un cation essentiel. Sa présence dans tous les aliments et les capacités du tube digestif et du rein à s’adapter au déficit d’apport évitent en général toute carence. Seule l’association d’une réduction des apports énergétiques et d’une augmentation des pertes peut générer une carence avérée. Les maladies intestinales chroniques sont l’archétype de cette situation.


Actuellement il n’existe pas d’argument scientifique pour supplémenter en magnésium les asthéniques, les irritables et autres personnes souffrant de troubles fonctionnels aspécifiques.

 

Dr Isabelle ROYER
Service de Médecine Interne
Hôpital Avicenne - Bobigny

 

BIBLIOGRAPHIE

Dupin H., Abraham J., Giachetti I. In ” Apports nutritionnels conseillés.
” Tech. Doc. Lavoisier (Paris) 1992 : 37-38.

Mc Lean RM. Magnesium and its therapeutic uses : A review. Am. J. Med. 1994 ;96 : 63-76.

Schaafsma G. Bioavailability of calcium and magnesium. Eur. J. Clin. Nutr. 1997; 51 (suppl 1) : 13S-16S.