Les préparations pour nourrissons (1er et 2e âges) à base de protéines de soja (PPS) commercialisées en France sont des produits diététiques sans lactose, sans saccharose, sans gluten, sans protéines du lait de vache. Enrichies en méthionine, carnitine, fer et zinc, elles sont soumises à la même réglementation que les préparations à base de lait de vache. Leur principale indication est l’alimentation des nourrissons lorsque l’allaitement maternel est impossible et les préparations à base de lait de vache refusées. En dehors des PPS, les produits à base de soja n’ont pas leur place dans l’alimentation de l’enfant de moins de trois ans.

 

La concentration élevée des PPS en phyto-oestrogéniques a fait l’objet des dernières recommandations de l’AFSSA*. Ces molécules peuvent avoir des effets oestrogéniques ou anti-oestrogéniques complexes, variant selon les molécules, les espèces, les doses, les voies d’apports, la biodisponibilité individuelle, l’âge, les tissus considérés… Les PPS actuellement commercialisées contiennent de 18 à 45 mg d’isoflavones par litre. Un nourrisson de 4 mois alimenté uniquement avec une PPS pourrait ainsi recevoir entre 6 et 9 mg d’isoflavone par kg et par jour. Absorbées et métabolisées, ces isoflavones se retrouvent dans les urines et dans le plasma à des concentrations élevées.

De nombreux travaux expérimentaux montrent que les phyto-oestrogéniques ont des effets sur le développement et le fonctionnement neuro-endocrinien et immunitaire dans différentes espèces animales. Chez l’enfant, bien que les PPS soient utilisées depuis de nombreuses années, il n’a pas été observé jusqu’à présent de troubles de la croissance ou du développement endocrinien mais on ne dispose pas d’études à long terme portant notamment sur la fertilité à l’âge adulte. Compte tenu de ces incertitudes, il est recommandé de réduire la teneur en isoflavones des PPS. De telles préparations à taux réduits d’isoflavones ne sont pas actuellement disponibles.

 

Dans certains pays on constate une utilisation irrationnelle mais croissante des PPS pour l’alimentation des nourrissons normaux. Cela n’a pas de justification scientifique : le meilleur choix pour alimenter un nourrisson est l’allaitement maternel ou, à défaut, une préparation à base de lait de vache.

 

Pr. Daniel RIEU
UFR médecine
Université Montpellier 1