Les deux seuls liquides consommés par tous les mammifères sont le lait maternel et l’eau. Leurs valeurs symboliques diffèrent : la douceur du lait contraste avec l’ambiguïté de l‘eau qui sauve et noie.

 

Le lait, aliment exclusif du nourrisson, est nourriture et boisson. Jusqu’à six mois, celui-ci n’a pas d’autre besoin. Cette valeur change avec l’âge : au goûter, chez l’enfant, au petit-déjeuner chez l’adulte, le lait devient boisson.

 

Les cartes se brouillent : les jus de fruits, les infusions, certains sodas ont parfois commencé leurs carrières comme médicaments avant d’atteindre une célébrité planétaire de boisson… de l’énergie.

 
L’histoire suit son cours à grand renfort de publicité. La consommation flambe. L’eau disparaît de la table de certaines familles. L’obésité augmente. Les questions surgissent, les études épidémiologiques tentent d’y répondre : le verdict tombe. L’excès de consommation de sodas et boissons sucrées est corrélé, chez les enfants, à une prise de poids excessive. Corrélation n’est pas cause. Le débat s’enflamme : la diminution de la consommation de ces boissons permet de stabiliser la prévalence de l’obésité là où elle s’accroît en l’absence d’intervention. Moins d’énergie consommée mènerait donc à moins d’énergie stockée : CQFD.

 

Que disent les biologistes ? Le stockage de glucides sous forme de lipides dans le tissu adipeux est une opération peu rentable. Les glucides répondent aux besoins en énergie. Oui, mais… la sédentarité gagne du terrain. Les boissons sucrées ne seraient donc co-responsables de l’épidémie d’obésité que parce que la dépense d’énergie est insuffisante.

 

Laissons la parole aux physiologistes : la soif et l’appétit sont régulés de façon différente.
Une baisse du volume sanguin veineux stimule des barorécepteurs. Les peptides natriurétiques sécrétés déclenchent le besoin de boire… de l’eau. La régulation de l’appétit implique de multiples systèmes de liaison périphériecerveau, complémentaires et pour partie redondants. La neuropsychologie et l’imagerie cérébrale ouvrent des perspectives. La comparaison des réponses cérébrales à des boissons, des agents de texture et aux matières grasses, montre que les réponses sont différenciées dans leurs premières phases mais aboutissent dans l’hypothalamusà une même zone de réponse aux satisfactions hédoniques. Les régulations de la soif et de l’appétit diffèrent en conditions expérimentales “pures”. L’analyse des mécanismes induits dans des situations mixtes reste à conduire.

 

Au demeurant, l’eau pure est LA boisson par excellence. Une calorie reste une calorie. Qui aurait pu en douter ?

 

 

Dr Marie-Laure Frelut
AP-HP, Hôpital Saint Vincent de Paul,
Paris & Centre thérapeutique
pédiatrique, Margency.