Le poids relatif des facteurs génétiques et environnementaux dans l’intensité et l’athérogénécité des dyslipidémies constitue une source de controverse, du fait de la complexité des interactions gènes environnement.

Dans les dyslipidémies monogéniques, l’environnement nutritionnel joue un rôle majeur. Les exemples de malades ayant un génotype identique avec des présentations cliniques différentes sont légion. Il en est ainsi des dysbétalipoprotéinémies : seulement une fraction des sujets ayant un génotype E2E2 présenteront une accumulation d’IDL.

Lors des hypercholestérolémies familiales hétérozygotes, à mutation identique sur le récepteur des LDL, la concentration du cholestérol LDL est peu influencée par les mesures nutritionnelles ; en revanche, l’âge moyen de la première complication est de quinze ans supérieur chez les hommes et le pronostic cardiovasculaire est considérablement aggravé par les habitudes nutritionnelles occidentalisées… Les dyslipidémies multigéniques (hypertriglycéridémies majeures type V) sont éminemment sensibles aux erreurs nutritionnelles et aux déséquilibres glycémiques. Toutefois, la majorité des sujets obèses, diabétiques ou alcooliques conservent des concentrations modérées de triglycérides, même dans des conditions nutritionnelles “extrêmes”. En effet, les mutations hétérozygotes de la lipoprotéine lipase sont rares. L’étude des polymorphismes classiques des autres gènes candidats révèle que plus du tiers d’entre eux n’ont aucune anomalie génétique connue. D’où la nécessité d’entreprendre de nouvelles études avant de pouvoir repérer les personnes susceptibles de décompenser… Dans l’athérosclérose, l’interaction avec l’environnement nutritionnel conserve un rôle majeur et l’identification d’une série de gènes impliqués ne doit pas conduire à scotomiser l’importance de la nutrition.

Les moyens bio-informatiques ne simplifieront pas nécessairement la prédiction. De plus, les polymorphismes qui ont été les mieux étudiés sont associés à un surcroît très modeste de risque. Les effets observés sont certes significatifs au plan statistique mais guère signifiants au plan clinique. Que pèse un accroissement du risque de 10 % face à un triplement consécutif à un tabagisme intense ou à des erreurs hygiénodiététiques extrêmes ?

Le jour où les sujets ayant des artères “réfractaires” à l’athérosclérose (quelle que soit leur alimentation) seront identifiés grâce à une puce à ADN n’est pas proche… Les recommandations nutritionnelles pour la prévention des maladies cardio-vasculaires restent donc d’actualité pour l’ensemble de la population.

 

Pr. Philippe MOULIN
Hôpital Louis Pradel,
Lyon