Nous sommes inégaux devant la balance : toutes les études de familles et de jumeaux convergent, décrivant une héritabilité du poids (ou du tour de taille) d’environ 70%.

 

 

Si au niveau sociétal, l’obésité est due aux changements de notre mode de vie, au niveau individuel ce sont nos gènes qui expliquent notre vulnérabilité variable face à l’obésité. Accumulées progressivement depuis des millénaires, des mutations des gènes qui régulent notre poids se sont “exprimées” quand l’accès alimentaire est devenu illimité.

 

 

Il existe probablement un “dosage génique” dans le contrôle du poids, comme récemment montré avec une région du chromosome 16 qui joue certainement un rôle important dans la régulation de l’appétit.

 

 

Quand une seule copie de cette région est héritée des parents (délétion chromosomique), le risque d’obésité sévère est multiplié par 40, avec une augmentation de la faim. Quand, au contraire, il existe une duplication de cette région (3 copies au lieu de 2), on est plus maigre que les autres avec une diminution de la faim. Il y a donc bien des gènes impliqués dans le contrôle du poids. On peut rapprocher cette anomalie du chromosome 16 des autres gènes impliqués dans l’obésité : mutation du gène de la leptine ou de son récepteur MC4R.

 

 

Est-ce utile de les rechercher chez un enfant obèse ? De l’avis du généticien, probablement oui : d’une part, pour déculpabiliser l’enfant et ses parents, et aussi pour mettre en place une thérapie comportementale (et non purement restrictive qui serait inefficace). Et si cela échoue, pour mieux programmer plus tard une intervention chirurgicale, en évitant les opérations de type cerclage qui sont contre-indiquées sur ce terrain génétique. Alors qu’il n’y a plus de médicaments contre l’obésité, et qu’il apparait impossible d’opérer tous les obèses, le bilan génétique devient de plus en plus aisé et rentable. On séquence aujourd’hui le génome humain en 24h, et la recherche des gènes de l’obésité va devenir dans deux ou trois ans aussi facile que les classiques bilans hormonaux et métaboliques des obèses. Rien n’est plus compliqué que de comprendre quels sont les multiples facteurs environnementaux réellement en cause dans l’obésité. Par contre connaître le terrain humain sur lequel s’appliquent ces facteurs obésogènes est maintenant techniquement possible et devrait conduire dans quelques années à une médecine préventive et curatrice de l’obésité enfin personnalisée.

 

 

Pr Philippe Froguel,
CHRU de Lille,
CNRS-Université Lille Nord de France-Pasteur
et Imperial College London