Que révèle l’évolution actuelle du bio ? En premier lieu, une sensibilité plus grande à la préservation de sa santé et celle de ses enfants, et dans unemoindremesure de l’environnement.

 

Les critères environnementaux renvoient plus à l’origine de la production qu’à la sauvegarde de la planète, vis-à-vis de laquelle les individus se sentent impuissants. Encore faut-il que le bio tienne ses promesses, sans surfer sur les vagues porteuses et les peurs.

 

Les représentations du bio s’articulent autour d’imaginaires positifs et archétypaux : le “naturel”, le “sain”, “l’authentique”, le “vrai”, le “local”, l’accord avec les saisons, plus de proximité avec la production : moins de transport et de décalage entre “la fourche et la fourchette”. Ces représentations répondent au besoin de faire le ménage dans son assiette, afin d’éliminer les effets néfastes de procédés de fabrication jugés douteux. Le bio, qui fait appel, au sens propre et figuré, aux notions de “pureté” et de “transparence”, rassure en ces temps de défiance généralisée.

 

Deux autres critères différencient le bio : le rapport au temps et au vivant. Le temps du bio est cyclique : foin de “Monsanto®”, la terre promet et donne à son rythme, contrairement à la culture et l’élevage intensifs, qui ne respectent ni le cycle de la terre ni ses temporalités.

 

Cependant, la consommation évolue peu. Le prix du bio est jugé trop élevé, d’autant que les arbitrages dans l’alimentaire sont drastiques…

 

La difficulté et la complexité de ce type de production, et le peu d‘aides accordées, engendrent un lien direct entre faible présence sur linéaires, prix plus élevés, et en conséquence une consommation plus marginale. Les aficionados du bio - plutôt des femmes urbaines, de catégories socio-professionnelles élevées - sont convaincus d’avance, et cumulent savoir, vouloir et pouvoir d’achat. Si la démocratisation des produits bio en grandes surfaces a favorisé sa progression, la conviction absolue n’est pas toujours au rendez-vous : le bio est-il vraiment “bio” ? Les règles sont très strictes en France mais le bio italien n’a sûrement pas la même image que le bio polonais par exemple ! Le bio fait-il vraiment du bien, en tous cas pas de mal, quand on en lit parfois ses effets négatifs, comme le “danger de pommes ou de céréales non traitées ?” Est-il différent au goût ?

 

Et enfin, pourquoi reste-t-il si cher ? Le bio est-il un aliment “bon à manger… (et) à penser” (cf. Claude Lévy Strauss) ? Des efforts restent à faire pour le rendre plus accessible, crédible et désirable, et l’inscrire dans une véritable philosophie de vie. Une question qui dépend aussi des choix économiques et politiques.

 

Danielle Rapoport,
Psychosociologue,
Directrice de DRC,
étude des modes de vie et de la consommation