La fermentation colique des fibres alimentaires modifie la flore, le pH, les acides biliaires et les acides gras volatils, accélère le temps de transit et dilue les carcinogènes. Ces effets physiologiques, associés à des données épidémiologiques et expérimentales, sont à l’origine du postulat de leur effet protecteur contre la carcinogenèse colique. Ce postulat semble être remis en cause par l’analyse rapide de données épidémiologiques récentes. Qu’en penser ?

Selon les études de corrélation, la consommation de céréales non raffinées et de légumes apparaissait comme la principale différence entre pays à faible et à forte incidence de cancer colorectal. Les études cas-témoin avaient montré des résultats plus disparates : globalement les fibres de son de blé et les légumes seraient assez constamment protecteurs. Une méta- analyse de 13 études cas-témoin (sélectionnées pour leur qualité) fait apparaître un effet protecteur des fibres dans leur ensemble pour toutes localisations le long du cadre colique, dans les deux sexes, avec une relation dose-effet.

 

Les résultats des études de cohorte sont moins probants. En 1999, les résultats d’une étude sur une large cohorte de femmes américaines montrent que les grosses consommatrices de fibres ne bénéficient pas de protection vis-à-vis du cancer colorectal. La portée de cette étude est limitée par le jeune âge au recrutement, la durée très longue du suivi et un recueil médiocre des données alimentaires. Début 2000, paraissent les résultats de trois études d’intervention (deux études américaines et une étude européenne) utilisant les fibres dans la prévention de la récidive des adénomes, phase initiale de la cancérogenèse colorectale. Les deux premières ne montrent aucun effet protecteur de suppléments de son de blé ni d’une réduction des graisses, associée à une augmentation de la consommation de légumes et de fibres céréalières; dans l’étude européenne, la prise d’un mucilage s’accompagne d’un risque d’adénomes multiplié par 1,7.

 

Ces données suggèrent seulement que les fibres alimentaires n’ont aucun effet sur la genèse d’un adénome. Elles n’infirment pas le rôle protecteur des fibres vis à vis des phases tardives de la cancérogenèse que sont la croissance et la transformation maligne de l’adénome. Les incitations à consommer des légumes et des céréales complètes restent donc actuellement valides pour la prévention du cancer colorectal.

 

Dr M-C. BOUTRON-RUAULT
CNAM / ISTNA - Paris