Depuis le 1er septembre 2005, les “distributeurs automatiques de boissons et de produits alimentaires payants et accessibles aux élèves sont interdits dans les établissements scolaires”, en application de l’article 30 de la loi n°2004-806 relative à la politique de santé publique. Il ne s’agit donc pas d’un oukase d’experts détenteurs du bien penser nutritionnel, mais d’une décision de la représentation nationale, légitimée par au moins deux raisons : la nature des produits proposés, trop gras, trop sucrés, trop salés, en totale contradiction avec les objectifs du Programme National Nutrition Santé ; l’incitation au grignotage, qui perturbe l’acquisition de bonnes habitudes alimentaires chez les enfants.

 

Cependant, les opposants à cette loi ne désarment pas : industriels commercialisant les aliments ainsi mis à l’index et gestionnaires de distributeurs automatiques. Et de citer les nombreuses vertus de ces appareils, jusque-là insoupçonnées : réhydratation et réconfort avec les boissons chaudes, notamment en hiver ; maintien des élèves dans les écoles, évitant ainsi les tentations extérieures (tabac, alcool) et les risques de racket ou d’agression ; possibilité de prendre un petit déjeuner… C’est à se demander comment faisaient les enfants fréquentant les établissements dépourvus de distributeurs (80% des collèges et 50 % des lycées).

 

Il faudrait être naïf pour penser que la suppression des distributeurs dans les écoles va ipso facto supprimer l’obésité et le risque de maladies métaboliques chez nos jeunes concitoyens. Les enfants (et leurs parents) gardent la liberté d’acheter les produits de leur choix, y compris dans les coopératives en plein développement au sein des écoles (la nature a horreur du vide…), et de les consommer à discrétion.

 

Cette interdiction constitue surtout un symbole fort et un message adressé aux parents, dont la majorité ne soutenait initialement pas cette mesure. L’école joue un rôle important dans la promotion de la santé, et l’interdiction des distributeurs y contribue simplement mais fermement. Il faut tenir bon, car en moins de deux ans, le lobby agro-alimentaire a tenté à quatre reprises d’imposer lors de discussions de textes législatifs des amendements visant à supprimer cette mesure. L’intérêt de quelques états américains et de plusieurs pays européens pour une restriction de l’offre alimentaire dans les distributeurs voire leur interdiction est un grand encouragement pour garder le cap. Il fallait supprimer les distributeurs dans les écoles, et il faut maintenir cette interdiction.

 

 

Pr Dominique Turck
Hôpital Jeanne de Flandre
et Faculté de Médecine, Lille.