Dans une récente enquête menée par le Comité Français de Lutte contre l’hypertension artérielle, prés de 90% des patients ont répondu que le “stress” et la “vie moderne” jouaient un rôle dans leur pathologie. La consommation de sodium était plus rarement évoquée, celle d’alcool et le surpoids tout à fait négligés.

 

À l’opposé des croyances des patients, toutes les conférences de consensus et les recommandations d’experts indiquent qu’une stratégie nutritionnelle pourrait prévenir l’élévation de la pression artérielle avec l’âge, réduire la prévalence de l’HTA et la nécessité des traitements médicamenteux, diminuer le risque cardio-vasculaire.

 

Les conseils “hygiéno-diététiques” font partie de l’inévitable couplet que le médecin se doit de réciter à son patient hypertendu avec l’espoir qu’il écoutera et saura les appliquer. Plusieurs essais contrôlés récents montrent que des modifications du régime alimentaire et du style de vie font effectivement baisser la pression artérielle. La British Society of Hypertension précise que “lorsqu’elles sont appliquées, ces mesures peuvent faire baisser la pression artérielle autant qu’un médicament en monothérapie, réduire la nécessité d’un traitement pharmacologique, majorer l’efficacité des médicaments anti-hypertenseurs, réduire la nécessité de recourir à des associations médicamenteuses et influencer favorablement le risque cardio- vasculaire global. Inversement, ne pas les adopter risque d’atténuer la réponse au traitement anti-hypertenseur”.

 

Les auteurs de ces articles insistent néanmoins sur la complexité des relations entre hypertension et environnement et la modestie des bénéfices des interventions auxquelles les médecins cherchent à soumettre leurs patients. Ces résultats doivent être comparés à l’efficacité démontrée des médicaments (diurétiques, béta-bloquants, antagonistes calciques et inhibiteurs de l’enzyme de conversion) en termes de baisse tensionnelle et de prévention des complications cardio-vasculaires. Si l’environnement joue sans doute un rôle dans la survenue de l’HTA, les conseils préconisés pour le modifier sur le plan individuel sont si difficiles à suivre qu’il serait peut-être temps d’envisager de recommander un traitement médicamenteux simple à prendre et parfaitement toléré plutôt que des mesures hygiéno-diététiques contraignantes au long cours et donc, peu efficaces. Ce discours est iconoclaste, mais osons le comme avant-gardiste !

 

Pr Xavier GIRERD
Hôpital Broussais, Paris