Les écarts de santé ne cessent de se creuser entre les riches et les pauvres au sein même des pays industrialisés ; des disparités d’apport nutritionnel pourraient être en cause. Des études étrangères indiquent que les apports journaliers en nutriments essentiels, antioxydants et folates notamment, sont d’autant plus éloignés des recommandations que l’individu appartient à une classe sociale défavorisée : une moindre consommation de légumes, et surtout de fruits, pourrait être expliquée par leur coût élevé. La France n’est pas à l’abri de ces inégalités : on y observe une moindre consommation de produits frais et une forte prévalence de l’obésité chez les plus pauvres. Le recours à l’aide alimentaire s’accroît régulièrement et des cas de scorbut ont même été signalés en Seine Saint-Denis.

 

Que sait-on des contraintes économiques qui pèsent sur la qualité nutritionnelle d’une ration ? On peut estimer le coût de l’équilibre nutritionnel en chiffrant la satisfaction des besoins journaliers en énergie, protéines, acides gras essentiels, fibres, vitamines et minéraux : un couple avec un jeune enfant doit consacrer un strict minimum de 1450 F par mois à son alimentation pour un niveau d’équilibre nutritionnel acceptable. Pour atteindre un niveau optimal, c’est même 2350 F qui seraient nécessaires à cette famille. Cependant le prix n’est pas une garantie de qualité : les Français dépensent en moyenne 1000 F par personne et par mois pour se nourrir, mais pas toujours de façon équilibrée.

 

Pour se nourrir de façon équilibrée avec un petit budget, il faut pouvoir et savoir cuisiner, avoir une bonne connaissance du rapport qualité (nutritionnelle)/prix des aliments, être prêt à modifier certaines habitudes. La consommation de lait, pâtes, pommes de terre, carottes, légumes secs, foie et matières grasses végétales est incontournable pour améliorer à moindre coût la qualité nutritionnelle de l’alimentation. Consacrer seulement 15% du budget alimentaire à ces aliments peut permettre de couvrir plus du tiers des besoins en vitamines et plus du quart des besoins en minéraux. Pour optimiser la qualité nutritionnelle de l’alimentation à moindre coût, on conseillera également de remplacer les sodas par du lait ou des jus de fruits, les confiseries par des fruits secs, les viennoiseries par du pain et les charcuteries par des conserves de poisson.

 

Nicole Darmon
INSERM - ISTNA / CNAM, Paris