En matière d’apports protéiques, l’insuffisance comme l’excès sont préjudiciables : en cas d’apports insuffisants le développement et la croissance risquent d’être perturbés. En cas d’apports excessifs les acides aminés sont oxydés ou convertis en glucides ou en graisses. Le Comité de Nutrition de la Société Française de Pédiatrie a récemment fait le point sur les besoins en protéines des nourrissons et des enfants en bonne santé, en les comparant aux apports réels.

Chez le nourrisson les besoins en protéines sont parfaitement couverts par l’alimentation exclusive au sein ou par l’allaitement artificiel. Cependant les préparations pour nourrissons ont une concentration en protéines de 2,2 g pour 100 kcal qui excède les besoins de sécurité, évalués actuellement à 1,8 g de protéines pour 100 kcal soit environ 1,3 g pour 100 ml. Le bénéfice éventuel d’un apport supérieur n’est pas démontré.

Chez le jeune enfant les besoins protéiques avoisinent 10 g par jour jusqu’à 2 ans et 12 g par jour entre 2 et 3 ans : une ration protéique représentant environ 6 % de l’énergie totale de l’alimentation semble suffisante. Dans les pays industrialisés les apports protéiques paraissent supérieurs à 3,5 g/kg/jour, soit 35 g vers un an, ce qui représente deux à trois fois les besoins de sécurité.

Chez le grand enfant et l’adolescent on évalue les besoins protéiques à 0,6 g/kg/jour. Les apports réels, dans les pays industrialisés, dépassent 100 g par jour vers treize-quinze ans, soit trois à cinq fois les besoins de sécurité.

Ainsi, à tous les âges de l’enfance, les apports protéiques dans les pays industrialisés sont très supérieurs aux besoins récemment définis. Un tel excès n’est peut-être pas sans conséquence défavorable : outre le risque propre d’oxydation et de conversion des acides aminés, il faut se souvenir que les aliments riches en protéines le sont souvent aussi en lipides et en acides gras saturés. Une étude récente incrimine la responsabilité de l’excès de protéines dans la genèse d’une obésité ultérieure :

le recul est actuellement insuffisant pour généraliser ces conclusions. En attendant d’en savoir plus, il semble raisonnable de conseiller aux parents de donner à leurs enfants une alimentation équilibrée, et d’éviter aussi bien le végétalisme générateur de carences graves que la surconsommation volontaire de protéines, qui n’a aucun fondement métabolique et pourrait être nocive.

 

C. DUPONT
Hôpital Saint-Vincent-de-Paul, Paris.