Placée sous le contrôle du gène ob et sécrétée exclusivement par l’adipocyte, la leptine est une hormone qui se lie à un récepteur membranaire spécifique. Elle réduit la prise alimentaire et stimule les dépenses énergétiques et l’oxydation lipidique. Ces effets biologiques qui lui confèrent un rôle majeur dans la régulation de la masse grasse l’on fait appeler hormone de la minceur (du grec leptos qui signifie mince).

Les mutations du gène ob conduisant à une leptine absente ou biologiquement inefficace, ou celles du gène db aboutissant à un récepteur défectueux de la leptine, sont responsables d’obésité dans les modèles murins. Récemment, une obésité massive associée à un effondrement du taux sérique de leptine par mutation du gène ob a été rapportée chez deux cousins nés de parents consanguins. Unique à ce jour, cette observation apporte la preuve directe du rôle joué par la leptine dans l’équilibre énergétique chez l’Homme, mais n’a pas pour l’instant d’application thérapeutique.

 

Toutefois, l’immense majorité des obèses ne semble pas avoir de déficit de sécrétion en leptine. Au contraire, les concentrations sériques de leptine sont “normales” voire élevées dans l’obésité humaine. En effet, la leptinémie est d’autant plus élevée que la masse grasse est abondante et, à masse grasse identique, plus élevée chez la femme que chez l’homme.

 

Une leptinémie élevée en présence d’un excès de masse grasse suggère que le rétrocontrôle négatif normalement exercé par la leptine sur la masse grasse est perturbé chez un grand nombre d’obèses. Un tel dysfonctionnement évoque un état de “leptino-résistance” et rappelle ce qui a été décrit avec le couple insuline-glucose dans l’insulinorésistance (hyperglycémie malgré une insulinémie élevée). La compréhension d’une telle résistance et le dénombrement des causes qu’elle recouvre passe par une meilleure connaissance des mécanismes moléculaires par lesquels la leptine transmet son information biologique. L’intérêt thérapeutique de la leptine dans l’obésité humaine en dépend également.

La leptine joue aussi un rôle dans la régulation de la fertilité/fécondité. Elle intervient dans la régulation du cycle folliculaire en s’opposant aux effets de la LH sur la production d’estrogènes par la granulosa. En témoignant de réserves énergétiques suffisantes, la leptine pourrait également avoir un effet permissif sur la reproduction.

 

L’intensité des recherches consacrées à cette hormone est à la mesure des intérêts et des espoirs qu’elle suscite dans ces domaines.

 

 

Pr C. COUET
Laboratoire de Nutrition Faculté de Médecine - Tours