Geneviève POTIER de COURCY
CNRS - ISTNA/CNAM

 

Les recommandations concernant les apports nutritionnels conseillés ont évolué depuis leur précédente édition de 1992.
Utilisables à l ‘échelle de la population, pour y évaluer les risques d’insuffisance ou d’excès,elles sont modulées selon les diverses périodes de l’existence. A ce jour cependant, on ne peut encore en tirer de recommandations individuelles.

 

Les ANC sont des valeurs de référence pour une population, adaptées aux deux sexes, à chaque tranche d’âge et aux états physiologiques particuliers : grossesse, allaitement ou activités musculaires intenses et régulières. De nature statistique, les ANC servent à évaluer les risques d’insuffisance ou d’excès au sein d’une population : ils sont censés couvrir les besoins de 97,5 % de la population.

 

Focus
Les ANC 2001 représentent des apports optimaux et intègrent à ce titre des éléments de prévention vis à vis de certaines pathologies (cancers, maladies cardiovasculaires, diabète, ostéoporose).
Ils sont issus de données cliniques, épidémiologiques et expérimentales.
A partir de la valeur des besoins physiologiques, mesurés sur des groupes d’individus, ils sont calculés en ajoutant à la valeur obtenue deux écarts types. On tient ainsi compte de la variabilité interindividuelle, liée en particulier aux différences de dépenses énergétiques, de stature, de métabolisme de base, etc. Ainsi, si l’optimum pour une population est de se situer en moyenne à une valeur proche de celle des ANC, pour un individu, un apport en un nutriment situé entre 0,8 et 1 fois les ANC peut être considéré comme satisfaisant (figure 1).

 

ENERGIE : COMBIEN ET POURQUOI ?

Le bilan énergétique est équilibré lorsque les apports en énergie (issue des protides, glucides et lipides) sont équivalents aux dépenses. Or, ces dépenses dépendent de plusieurs facteurs : l’activité physique, la thermorégulation, le sexe, la taille, l’âge (la baisse de la dépense énergétique peut atteindre 30% entre 20 et 75 ans, dépassant de beaucoup la simple diminution de la masse musculaire), la composition corporelle (un excès de masse grasse entraîne une baisse relative des dépenses en énergie) et le métabolisme de base.

L’évolution des modes de vie privilégie depuis quelques décennies la sédentarité, la mécanisation du travail, le chauffage des bureaux et lieux de vie. Ce qui a entraîné une baisse certaine des dépenses, et donc des besoins en énergie.

Par ailleurs, entre individus de même taille, de même sexe et de même âge, il existe une grande variabilité pour les dépenses métaboliques de base, celles liées à l’activité physique, l’énergie nécessaire à la constitution d’une même quantité de graisses de réserves ou la régulation de l’arrêt de la prise alimentaire.

 

Ces éléments de variabilité, en grande partie d’origine génétique, issus de milliers d’années d’adaptation à la pénurie, ont été des facteurs de survie pour la plupart des humains.

Depuis que les sociétés de type occidental connaissent l’abondance et peuvent se permettre la sédentarité, ils sont devenus des facteurs de pléthore et de surpoids, avec toutes les pathologies qu’ils peuvent induire.

 

Cette extrême variabilité des métabolismes de base s’illustre facilement : le calcul montre par exemple qu’un homme de 22 ans, mesurant 1m,80 et pesant 90 kg a un métabolisme de base près de 2 fois supérieur à celui d’une femme de 58 ans pesant 45 kg et mesurant 1m,60 (2 014 kcal vs 1 068 kcal). Compte tenu de l’activité physique moyenne actuelle des adultes français, les dépenses et les besoins totaux se situent autour de 2200 kcal/j pour les hommes et 1800 kcal/j pour les femmes.

 

RECOMMANDATIONS SPÉCIFIQUES
Enfants Un apport de lipides suffisant est nécessaire chez le jeune enfant pour assurer la formation de ses structures nerveuses ; en revanche l’excès de protéines est évoqué dans la genèse de l’obésité.
La déficience en fer, relative, est la seule qui soit documentée en France.
Les ANC des enfants et adolescents sont, sauf pour l’énergie et les nutriments de constitution comme le calcium, extrapolés à partir des besoins de l’adulte rapportés le plus souvent aux besoins en énergie. Les adolescentes pourraient constituer le seul groupe à risque dans cette tranche d’âge, souvent trop et parfois mal nourrie.
Femmes
enceintes
Les mécanismes d’adaptation sont suffisants dans la plupart des cas pour assurer sans problème les besoins de la grossesse (et de la lactation). Les risques de déficience en vitamine D, fer, calcium et iode chez la femme enceinte sont connus et le plus souvent pris en compte, mais la déficience en folates reste l’élément le plus préoccupant à cause des anomalies fœtales qu’elle peut entraîner (spina bifida). Les (très) jeunes femmes (15-24 ans) sont le principal groupe à risque d’insuffisance d’apport.
Personnes
âgées
Une augmentation des apports de calcium chez la femme - et l’homme - de plus de 50 ans pourrait aider à prévenir l’ostéoporose. A partir de 75 ans, il faut veiller à assurer un apport suffisant de vitamine D (dont la synthèse endogène diminue avec l’âge en même temps que l’exposition solaire), de protéines (1g/kg/j) et de vitamines antioxydantes (vitamines C et E) dont les besoins augmentent.
Un apport satisfaisant, sans être excessif, de folates, vitamines B1 et B6, d’eau et de fibres (non irritantes), souvent déficitaires, doit être également assuré.

 

PROTÉINES : UNE CONSOMMATION EXCESSIVE

L’ANC en protéines est nettement inférieur à 1g/kg/jour : pour un adulte jeune, il est actuellement estimé à 0,8g/kg/jour. Cet apport est largement couvert, tant quantitativement que qualitativement (acides aminés indispensables), par une alimentation équilibrée et diversifiée, incluant viandes et poissons. En Occident, la consommation moyenne en protéines est actuellement cinq fois supérieure aux besoins !

Un équilibre s’impose entre protéines animales et végétales, notamment à cause des nutriments qui les accompagnent : calcium, fer, zinc, vitamines A et B12 pour les protéines animales, acides gras insaturés et substances anti-oxydantes (vitamines C, B9, caroténoïdes, polyphénols) pour les protéines végétales.

 

LIPIDES : PRENDRE EN COMPTE L’ASPECT QUALITATIF

La proportion de lipides dans l’alimentation ne devrait pas dépasser un tiers de l’apport énergétique total quotidien, soit environ 80 g/j pour un homme et 67 g/j pour une femme.

 

Ces recommandations quantitatives découlent essentiellement de 3 caractéristiques des lipides alimentaires : leur forte densité énergétique, la moindre adaptation (par rapport aux glucides) de leur oxydation à la quantité ingérée, et l’augmentation de la lipémie postprandiale lorsque l’apport en lipides dépasse 30 % de l’apport énergétique total quotidien.

 

D’un point de vue qualitatif, les lipides sont les constituants majeurs des membranes cellulaires et de nombreuses molécules, telles que les hormones stéroïdes. Certains des acides gras polyinsaturés (AGPI) qui les composent sont essentiels : l’acide linoléique (n-6) et l’acide α-linolénique (n-3), ce dernier pouvant être converti par les tissus en AGPI à longue chaîne (AGPI-LC), indispensables à la constitution des membranes biologiques, des prostaglandines et des leucotriènes.

 

A l’échelle de la population, l’acide a-linolénique est associé à la baisse du risque coronarien et les AGPI-LC qui en dérivent pourraient diminuer la fréquence de certains types de cancer (sein, côlon, prostate). L’acide linoléique en proportions élevées favorise la croissance tumorale : c’est pourquoi l’apport en acide linoléique ne doit pas dépasser un huitième des apports lipidiques, avec un rapport n-6 / n-3 ne devant pas excéder 5.

 

Les acides gras saturés (AGS), constituants naturels des phospholipides, sphingolipides et triglycérides de réserve, sont indispensables à la constitution de certaines membranes nerveuses, notamment la myéline. L’excès de consommation des AGS ayant été mis en rapport avec la mortalité coronarienne, l’apport en AGS ne devrait donc pas dépasser le quart des apports en lipides.

 

 
ANC 2001
ANC 1992
ANC 2001
ANC 1992
 
 
Hommes
adultes
Femmes
adultes
Vitamine A
(Equivalent Rétinol)
800
1000
600
800
- β carotène (mg)
2,4
1,8
Vitamine D (µg)
5
10
5
10
Vitamine E (mg)
12
12
Vitamine K (µg)
45
45
Vitamine B1 (thiamine) (mg)
1,3 
1,5
1,1
1,3
Vitamine PP (niacine) (mg)
14
18
11
15
Vitamine B6 (mg)
1,8 
2,2
1,5
2
Acide folique (µg)
330 
300
300
Vitamine B12 (µg)
2,4 
3
2,4
3
Vitamine C (mg)
110 
80
110
80
Calcium (mg)
900
900
Phosphore (mg)
750 
800
750 
800
Magnésium (mg)
420 
360
330
Fer (mg)

10
16 (<55ans)
18
Iode (µg)
150 
150
Fluor (mg)
2,5
2

Tableau 1 :
Apports nutritionnels conseillés (ANC, 2001) en vitamines et minéraux.

Les anciens ANC (1992) sont indiqués en dessous des plus récents lorsqu’ils sont différents

 

GLUCIDES : RÉHABILITER LES GLUCIDES COMPLEXES

L’apport en glucides doit représenter au moins 50% de la ration énergétique. Les recommandations invitent à augmenter la proportion de glucides complexes et à diminuer celle des glucides simples.

Parmi les glucides complexes, les fibres paraissent avoir un rôle important : leur prise en quantité suffisante semble diminuer le risque de cancer colique et pourrait avoir un effet préventif sur la mortalité coronarienne (en diminuant notamment le LDL-cholesterol).

Or la baisse régulière de la consommation de légumes secs a entraîné, dans la population française depuis le début du siècle, une baisse de moitié de l’ingestion de fibres qui se situe actuellement bien en dessous des valeurs recommandées (à savoir 20 à 30 g/j) : Il faut donc encourager la consommation d’aliments riches en fibres (fruits et légumes, céréales, légumes secs…).

La limitation souhaitable de la consommation de glucides simples tient avant tout aux caractéristiques des aliments qui en contiennent : aliments riches en lipides, pauvres en fibres, souvent consommés hors repas (“calories vides”).

 

VITAMINES ET MINÉRAUX : LES RECOMMANDATIONS ÉVOLUENT

Les modifications concernant ces micronutriments (tableau 1) sont justifiées, en ce qui concerne les vitamines, soit par la baisse des besoins métaboliques (vitamines B1, B2, B3, B5, B8 et A), soit par de nouvelles données épidémiologiques (folates et vitamines B6, B12 et C).

 

CONCLUSION

Les ANC évoluent nécessairement, pour assurer l’intégration des nouvelles données. S’ils étaient surtout attendus pour servir de référence dans les enquêtes nutritionnelles, jusqu’alors insuffisantes, les progrès à venir porteront sur la précision et la pertinence de l’évaluation des besoins chez les individus, en tenant compte de leur diversité.

 

Geneviève POTIER de COURCY
CNRS - ISTNA/CNAM - Paris