Chez le nourrisson, l’allergie alimentaire la mieux connue à ce jour est l’allergie aux protéines du lait de vache. Leur exclusion de l’alimentation constitue la base de son traitement. L’efficacité de cette mesure diététique en a rapidement fait un test diagnostique. Est-il possible de prévenir les autres allergies alimentaires par des modifications du régime des nourrissons ? Des études prospectives randomisées ont permis, depuis quelques années de répondre par l’affirmative, et de préciser les conditions de cette prévention.

On sait maintenant qu’il est possible de diminuer la fréquence de survenue des manifestations d’allergie chez des nourrissons à risques, lorsque l’intervention diététique a lieu pendant les 4 à 6 premiers mois de la vie, a fortiori lorsqu’elle est prolongée jusqu’à 9 ou 12 mois.

L’allaitement au sein a un effet préventif à condition que la diversification de l’alimentation de l’enfant soit contrôlée et en pratique repoussée après l’âge de 6, voire 9 mois ; son efficacité est considérablement accrue si la mère suit elle même un régime excluant les principaux trophallergènes (laitages, œufs, poisson…). Faute d’allaitement au sein, les formules à base d’hydrolysats poussés ou d’hydrolysats partiels (prescrits chez les enfants à terrain atopique) ayant subi un traitement thermique sont également efficaces.

 

Toutes les études montrent que ces mesures diététiques agissent sur l’eczéma et sur les manifestations digestives d’intolérance alimentaire. Les manifestations médiées par les IgE (urticaire, rhume des foins, asthme) ne sont pas significativement modifiées.

La durée de la prévention demeure mal définie, en partie sans doute car la durée de surveillance des enfants varie d’une étude à l’autre (de 4 mois à 5 ans). Il semble que l’effet obtenu le soit surtout pendant le temps d’intervention (effet “suspensif”). Il se prolonge jusqu’à un an, voire 18 mois, et disparaît ensuite. Après l’âge de 2 ans, les prévalences actuelles des manifestations d’allergie sont identiques chez les enfants, qu’ils soient ou non soumis à une prévention alimentaire.

Ainsi, dans les études de suivi sur 3 ou 4 ans, l’effet préventif apparaît essentiellement lié à la diminution de la prévalence observée pendant les 2 premières années de la vie. Ultérieurement, les effets de la prévention sont mal connus.

Si les manifestations digestives d’allergie tendent à s’effacer dans tous les cas, les manifestations liées aux IgE peuvent persister jusqu’à l’adolescence et au-delà.

 

Pr. Jacques SCHMITZ
Hôpital Necker - Enfants Malades,
AP/HP, Paris