Les antioxydants franchissent le comptoir à la rencontre des consommateurs séduits par le discours anti-vieillissement, anti-rides, anti-tout… Cependant, certaines méta-analyses récentes incitent à la prudence. Où est la vérité ?

 

Le stress oxydant correspond à une réalité biologique, balance entre la production d’espèces oxygénées radicalaires(EOR), les “radicaux libres”, et les systèmes de défense de l’organisme. Il exerce des dommages oxydatifs sur les protéines, les acides gras, l’ADN, impliqués dans l’athérogénèse, le vieillissement, les processus de cancérogenèse.

 

Les antioxydants sont susceptibles de neutraliser les EOR ou de réparer des dommages oxydatifs. D’origines alimentaires multiples, animales et végétales, ce sont des vitamines (E, C, ß-carotène), des oligoéléments (sélénium, zinc), des polyphénols, des caroténoïdes. De nombreuses interactions existent entre eux, tant en terme de biodisponibilité que d’efficacité biologique. Un très grand nombre d’études d’observation ont montré une relation inverse entre les apports alimentaires et/ou les taux plasmatiques d’un certain nombre d’antioxydants et la survenue de pathologies cardiovasculaires, de cancer, de Dégénérescence Maculaire Liée à l’Age.

 

Des études d’intervention devaient le confirmer. Mais la majorité d’entre elles, réalisées à des doses très supra-physiologiques (dix à cinquante fois les Apports Nutritionnels Conseillés), n’a pas montré de bénéfice en terme de réduction de la mortalité et de la morbidité. Certaines ont même montré une augmentation du risque de cancer avec le ß carotène à forte dose, chez des sujets fumeurs, ce qui semblerait dû soit à un effet pro-oxydant à forte dose, soit au fait que l’effet anti-oxydant protègerait les cellules précancéreuses de l’apoptose.

 

Faut-il pour autant jeter le bébé avec l’eau du bain ? Non, car il est établi que les sujets ayant des apports faibles ont des risques accrus ; non, car les molécules concernées semblent exercer des effets protecteurs ; non, car il n’y a pas eu d’études d’intervention à dose physiologique chez des sujets ayant des déficits ; non, parce que l’alimentation et les aliments ont une plus grande complexité que trois vitamines et deux minéraux.

 

Oui, il reste important de réduire la production excessive de radicaux libres (lutte contre le tabac, la pollution…) ; oui il reste fondamental de conseiller une alimentation source d’antioxydants variés.

 

Le cas échéant, lorsque les apports alimentaires ne peuvent permettre d’atteindre les apports conseillés, il reste licite d’envisager une supplémentation nutritionnelle à dose physiologique.

 

En tout état de cause il n’est pas recommandé de proposer des compléments alimentaires à dose pharmacologique sauf indication médicale particulière.

 

Dr. Jean-Michel LECERF
Service de Nutrition - Institut Pasteur de Lille