On s’interroge depuis longtemps pour déterminer à quel âge optimal diversifier l’alimentation du nourrisson. Jusqu’au début du XXème siècle, cette alimentation était quasi-exclusivement lactée pendant la première, voire la deuxième année. Vers 1920, des aliments solides ont été introduits autour de l’âge de six mois : devant les résultats encourageants sur la prise de poids et la résistance aux infections, la diversification a été de plus en plus précoce, jusque vers l’âge de trois mois dans les années 70-80.

 
Alors, la diversification précoce permettait de mieux couvrir les besoins en fer et en acides gras polyinsaturés, en quantité insuffisante dans les laits infantiles. Les progrès apportés depuis lors dans la fabrication de ces laits ne justifient plus cette diversification précoce. Il est maintenant admis qu’une diversification avant l’âge de quatre mois est inadaptée aux capacités de mastication et à la flore digestive du nourrissonet expose aux risques de carences, notamment énergétiques et en calcium. L’âge souhaitable pour la diversification se situe donc entre quatre et six mois révolus.

 

Persiste une interrogation sur l’âge de la diversification chez les enfants à risque allergique. Le nouveau carnet de santé recommande de différer chez ces enfants l’introduction des aliments les plus allergéniques au-delà d’un an (oeuf, poisson, crustacés, fruits exotiques, céleri), voire trois ans (arachide, fruits à coque). Toutefois, une méta-analyse de 2007 sur neuf études ayant évalué le risque d’apparition de manifestations atopiques selon que la diversification alimentaire était effectuée avant ou après quatre/six mois, remet en cause ces recommandations : si certaines études retrouvaient un effet délétère d’une diversification précoce, d’autres ne permettaient pas de conclure. Ainsi, le comité de nutrition de la Société Européenne de Gastro-Entérologie, Hépatologie et Nutrition Pédiatriques a recommandé de débuter la diversification alimentaire de ces enfants à partir de quatre mois révolus et de ne plus différer l’introduction des aliments les plus allergéniques.

 
Le groupe d’experts pédiatriques de l’Académie Européenne d’Allergologie et d’Immunologie Clinique va dans le même sens. Le comité de nutrition de la Société Française de Pédiatrie reste plus prudent, en raison notamment de l’absence d’études prospectives sur l’effet éventuellement délétère d’une introduction tardive des aliments les plus allergisants. Il continue de recommander chez les enfants à risque atopique une diversification après l’âge de six mois et l’introduction au-delà de l’âge d’un an des aliments les plus allergéniques.

 

L’avenir dira quelle est la meilleure attitude. En attendant, il faut garder à l’esprit que, même s’il est possible de diversifier l’alimentation dès quatre mois, le lait maternel ou le lait infantile restent l’aliment de base jusqu’à un an.

 

 

Dr. Béatrice DUBERN
Hôpital Armand Trousseau, AP-HP, Paris