La diminution de la masse musculaire et l’augmentation de la masse grasse sont des phénomènes physiologiques apparaissant avec l’âge, de façon quasi inéluctable. Outre le désagrément que cela peut entraîner, cette observation pose une véritable question de physiologie musculaire. Comment expliquer qu’à apport énergétique égal, une personne de plus de 60 ans stocke plus de graisses que si elle avait 20 ans de moins ? On pourrait penser que le gain de masse grasse est associé à la perte de masse musculaire, qui entraînerait un défaut d’utilisation des lipides. Leur stockage dans la masse grasse serait ainsi favorisé. Mais l’explication de ce phénomène ne semble pas si simple. Un élément de réponse a été apporté par des études menées au Laboratoire de Nutrition Humaine sur la personne âgée, mettant en évidence une diminution de l’oxydation des lipides au niveau du corps entier par rapport aux jeunes adultes. Ce défaut d’utilisation des lipides ne serait pas uniquement associé à la réduction de la masse maigre mais pourrait être également la conséquence d’une modification de l’activité métabolique de la masse musculaire. La pratique d’une activité physique régulière pourrait corriger ce défaut, puisque quelques études ont montré une stimulation de l’oxydation des lipides au cours d’un entraînement physique chez la personne âgée. Cependant, les adaptations au niveau cellulaire sont encore inconnue.

 

C’est sur ce point précis que s’est penchée Béatrice Morio, dans une étude conjuguant deux approches expérimentales. Tout d’abord, dans une étude transversale, elle a comparé les caractéristiques physiologiques de dix huit sujets sains, âgés de 60 à 75 ans, séparés en trois groupes (sédentaires, actifs et entraînés) selon des critères précis. Les paramètres physiologiques suivants ont été mesurés : bilan bioénergétique, sensibilité à l’insuline, composition corporelle, bilan sanguin. De plus, une biopsie musculaire a permis de comparer dans les trois groupes la capacité réelle des mitochondries et des péroxisomes à oxyder les acides gras, et l’activité maximale des enzymes clés de l’oxydation des acides gras dans le muscle. Les sujets entraînés ont une oxydation péroxysomale des acides gras supérieure à celle des sujets actifs et sédentaires. En revanche, l’oxydation mitochondriale est comparable entre les 3 groupes. L’oxydation totale des acides gras (c’est à dire l’oxydation mitochondriale et péroxysomale) tend à être supérieure chez les sujets entraînés et actifs par rapport aux sujets sédentaires. Celle-ci est positivement corrélée à l’activité maximale d’une enzyme clé de la ß-oxydation mitochondriale : la ß-hydroxy-acyl-CoA deshydrogénase (HAD). Ces résultats suggèrent que le niveau d’activité physique module les voies métaboliques de l’oxydation des acides gras dans le tissu musculaire, ce qui pourrait participer à une différence d’oxydation des lipides au niveau du corps entier. Ceci pourrait favoriser une balance lipidique positive chez les sujets sédentaires et le développement d’une masse grasse plus importante chez ces personnes.

 

Dans une étude longitudinale, Béatrice Morio a observé la réponse de ces différents paramètres à l’entraînement physique de ces personnes sur 8 semaines (à raison de 3 séances de vélo par semaine). Les résultats ont mis en évidence un effet stimulant de l’entraînement physique sur l’oxydation péroxysomale des sujets sédentaires et actifs, mais non chez les sujets entraînés. En revanche l’oxydation mitochondriale n’a été altérée de façon significative dans aucun des groupes. Ainsi les différences d’oxydation totale entre les 3 groupes ont-elles été estompées.

 

L’ensemble de ces résultats confortent l’intérêt du maintien de l’activité physique chez le sujet âgé. La participation de l’activité physique à l’équilibre de la balance lipidique chez le sujet âgé mérite encore d’être explorée