On recense chaque année chez les nourrissons plusieurs millions d’épisodes diarrhéiques. Ces derniers, lorsqu’ils se prolongent, constituent un facteur important de malnutrition, notamment dans les pays en voie de développement. On soupçonne aujourd’hui que les diarrhées persistantes n’auraient pas comme seule origine un facteur infectieux (bactérie pathogène ou virus) mais aussi un facteur allergique, lié à la perte de tolérance orale, un phénomène qui permet chez le sujet sain de supprimer les réponses immunitaires envers les protéines alimentaires. L’établissement et le maintien de la tolérance orale revêtent une importance capitale chez le nourrisson en période de sevrage, lorsqu’il est amené à absorber de nouvelles protéines.

 

La tolérance orale peut être perturbée par des bactéries de la flore intestinale responsable de diarrhées. Ainsi, il a été démontré chez la souris que certaines souches d’Escherichia coli fabriquent une entéroxine thermolabile (toxine LT) qui empêche l’établissement de la tolérance orale ; par ailleurs, on a observé chez la souris que la microflore intestinale peut exercer un effet protecteur envers l’effet de la toxine LT sur la tolérance orale.

 

L’objectif du travail proposé par Valérie Gaboriau-Routhiau était de déterminer quelles souches bactériennes de la microflore intestinale humaine sont responsables de l’effet protecteur envers l’effet de la toxine LT et d’essayer de comprendre leur mode d’action.

 

Pour réaliser ce travail, Valérie Gaboriau-Routhiau a utilisé des souris chez lesquelles il a été possible d’établir une microflore intestinale de nourrisson ou d’homme adulte. Elle a ainsi montré que celles-ci ne reproduisent pas l’effet protecteur envers l’effet de la toxine LT observé avec la microflore de souris. Or, une différence majeure entre la microflore intestinale de souris et celle de l’homme est la grande richesse en lactobacilles de la microflore de souris. Afin de tester un rôle protecteur éventuel des lactobacilles, des souris hébergeant seulement cette bactérie dans leur tube digestif sont actuellement en cours d’étude.

 

Par ailleurs, Valérie Gaboriau-Routhiau a pu mettre en évidence que la microflore intestinale de souris empêche l’augmentation de la perméabilité intestinale induite par la toxine LT. Or, l’augmentation de la perméabilité intestinale aux protéines alimentaires a déjà été évoquée comme un facteur empêchant l’établissement de la tolérance orale et favorisant ainsi les allergies alimentaires. Il apparaît ainsi que la microflore intestinale pourrait exercer son effet protecteur sur la tolérance orale en limitant la perméabilité intestinale aux protéines alimentaires.

 

Si cette étude confirme que les lactobacilles sont impliqués dans un effet bénéfique sur l’individu, elle pourrait constituer un argument scientifique en faveur de l’utilisation des laits fermentés par de telles bactéries en nutrition infantile, spécialement pour le traitement d’épisodes diarrhéiques, voire pour prévenir certains types de diarrhées.