Diverses études ont analysé les aspects psychopathologiques de la relation que l’adolescent entretient avec la nourriture et avec le corps. Cependant, peu de travaux ont porté sur l’influence des représentations sociales, c’est-à-dire de formes de connaissances dites de “sens commun” socialement élaborées et partagées, sur le comportement alimentaire adolescent.

 

L’alimentation de l’adolescent peut prendre plusieurs significations. La nourriture est un miroir symbolique d’identité qui peut lui permettre de tenter de contrôler son corps et ses transformations, de définir son identité individuelle et sociale, de se différencier du contexte familial, de s’identifier à un groupe de pairs et de faire face aux exigences d’évolution qui caractérisent son âge. C’est également un canal de communication au moyen duquel l’adolescent construit son identité par rapport aux autres. La nourriture, enfin, est étroitement liée au corps, au moment où le rapport entre image du corps et corps réel est particulièrement complexe.

 

L’objectif du travail de Salvatore d’Amore est d’esquisser la structure et le contenu des représentations de l’acte de manger et du corps, afin de mieux comprendre les pratiques alimentaires des adolescents et leur rapport au corps, en partant de l’hypothèse que ces représentations et pratiques changent selon la classe socioprofessionnelle et le sexe.

 

Le travail a commencé en avril 1999, avec la sélection de 60 adolescents romains, âgés de 15 ans en moyenne, dont la moitié de filles et de garçons, se répartissant à parts égales en classe socioprofessionnelle élevée ou basse. Six instruments d’analyse sont employés : la technique du réseau d’associations (associations de mots venant à l’esprit du sujet), des interviews semi-dirigées (18 questions portant sur le manger, les pratiques alimentaires et les représentations du corps), des dessins du corps, des dessins de la famille à table, et deux types de questionnaires de Self Report (EAT26 mesure les comportements alimentaires pathologiques et les attitudes psychologiques envers la nourriture et le poids, EDI2 explore les symptômes de l’anorexie et de la boulimie nerveuses).

 

Cette étude visera à mettre en évidence les modèles sociaux courants, les normes et les valeurs culturelles relatives à l’alimentation, et comment l’image du corps est étroitement liée aux représentations du manger. Elle pourrait faire ressortir des facteurs de risque sociaux des troubles du comportement alimentaire.