Le squelette, souvent seul témoin biologique des populations passées, permet de restituer les grandes tendances des régimes alimentaires du passé (carnée, marine ou végétale) par les analyses isotopiques des éléments carbone (13C) et azote (15N) contenus dans sa fraction protéique. S’appuyant sur ces bases méthodologiques, le projet d’Estelle Herrscher a répondu à un double objectif : appréhender les tendances du régime alimentaire et étudier l’évolution de l’alimentation au cours de différentes périodes de la vie, d’une population médiévale provenant de la nécropole de Saint-Laurent de Grenoble (Musée Archéologique de Grenoble, Église Saint-Laurent). Il a alors été possible d’analyser les relations existant entre régime alimentaire et état sanitaire (données paléoépidemiologiques).

 
Trente individus adultes ont fait l’objet des analyses isotopiques. Les résultats montrent l’exploitation d’un système écologique de zone tempérée avec deux pôles alimentaires, l’un végétarien et l’autre carné. Il n’apparaît pas de différences significatives en fonction du sexe ou de la période considérée. Pour le XIVème siècle, un spectre réparti du pôle alimentaire végétarien au pôle carné est observé. La stature est restée homogène au cours des trois siècles consécutifs. Les stress physiologiques sont plus fréquents au XIIIème et XIVème siècle. Enfin, la diversité des pathologies diminue du XIIIème au XVème siècle, avec un accroissement du nombre de pathologies liées à des activités physiques au XVème siècle.

 
Grâce à un protocole original fondé sur les processus de maturation osseuse et de morphogenèse dentaire, Estelle Herrscher a pu disposer de plusieurs prélèvements diachrones permettant d’observer l’évolution du régime alimentaire au cours des différentes phases de la vie. Cette expérience a pu être menée sur 25 individus. L’analyse des 15 enfants (1 à 5 ans) montre une évolution du régime alimentaire au cours de la période de sevrage. Chez les plus jeunes, on observe un enrichissement en azote-15 caractéristique d’une prise d’alimentation lactée. Vers 3 ans, une dynamique différente se met en place qui aboutit à un appauvrissement en azote-15, révélateur de la fin d’une prise alimentaire d’origine lactée. Des modifications du régime alimentaire lié à un “phénomène post-sevrage” ont également été mises en évidence : les enfants âgés de 5 à 8 ans montrent un enrichissement en azote-15, provenant probablement de l’introduction d’une alimentation différente de celle utilisée pour le sevrage.

 
Menée conjointement à l’analyse paléoépidémiologique, cette étude ouvre de nouvelles perspectives quant aux relations pouvant impliquer modification du régime alimentaire et développement.