Élément constitutif de l’hémoglobine et de la myoglobine, le fer est un co-facteur de nombreux systèmes enzymatiques impliqués dans des fonctions biologiques essentielles. On estime que le maintien de l’homéostasie du fer dans l’organisme dépend uniquement de la régulation de son absorption intestinale. Les facteurs influençant l’absorption du fer apporté par l’alimentation commencent à être mieux connus : sa nature héminique ou non, l’action de facteurs génétiques, pathologiques ou alimentaires. En revanche, les mécanismes moléculaires qui régissent l’absorption intestinale du fer restent à élucider.

 

Depuis 1996, trois gènes codant des molécules intervenant dans le transport du fer à travers l’entérocyte et dans la régulation de son absorption intestinale ont été clonés. L’un de ces gènes code la protéine HFE, protéine non fonctionnelle dans l’hémochromatose - une maladie génétique fréquente caractérisée par une surcharge en fer de l’organisme, l’absorption du fer n’étant plus régulée par les besoins. La protéine HFE qui ne se lie pas au fer pourrait donc contrôler l’absorption intestinale du fer en modulant l’expression d’autres protéines de transport.

 

Pour clarifier les mécanismes d’intervention de la molécule HFE, Françoise Dupic a soumis des souris transgéniques et des souris témoins à des alimentations surchargée, carencée ou à taux normal de fer. Chez les souris transgéniques surchargées en fer, Françoise Dupic a montré que la surexpression du gène HFE n’entraînait pas de modification tant au niveau biologique et histologique que moléculaire. Par contre, chez les souris carencées, cette surexpression induit une augmentation de l’expression des transcrits impliqués dans le transport du fer de la lumière de l’intestin vers la circulation sanguine.

 

Associés au fait que la protéine HFE est localisée à la membrane basale de l’entérocyte, ces résultats suggèrent que la molécule HFE agit sur le transport du fer de la circulation sanguine vers les entérocytes des cryptes. Ce processus agirait comme une mesure du taux de fer dans l’organisme et entraînerait une modification du niveau d’expression des molécules de transport du fer dans les entérocytes des villosités, ce qui permettrait de moduler l’entrée de fer dans l’organisme.

 

L’élucidation des processus d’assimilation du fer par l’organisme laisse entrevoir d’importantes perspectives thérapeutiques. Augmenter ou réduire l’absorption intestinale du fer pourrait en effet permettre d’agir efficacement sur des états pathologiques fréquents tels les anémies ferriprives et l’hémochromatose, mais aussi d’intervenir dans diverses pathologies qui entraînent une altération du métabolisme du fer.