De nombreuses études épidémiologiques ont montré l’association entre petit poids de naissance et risque accru de développer des maladies métaboliques liées à l’insulinorésistance à l’age adulte comme le diabète de type 2. Les mécanismes de cette liaison ne sont pas compris et sont volontiers baptisés sous le nom de « programmation fœtale». Ce concept fait intervenir des facteurs génétiques et environnementaux, et suppute que les évènements modifiant l’environnement fœtal, « s’imprimeraient » dans le code épi génétique du fœtus modifiant son métabolisme. Dans le cas du retard de croissance fœtal, la malnutrition intra-utérine serait l’événement en cause. Cette malnutrition fœtale lorsqu’elle surviendrait lors de certaines fenêtres de développement et chez des sujets possédant un terrain génétique défavorable entraînerait des modifications du métabolisme et de la croissance du fœtus, du nouveau-né et plus tard de l’adulte.

 

Le tissu adipeux prendrait une place importante dans le développement des complications métaboliques. Chez les sujets nés avec un retard de croissance intra-utérin (RCIU), plusieurs observations attestent en effet que le tissu adipeux est altéré dans ses fonctions et sa croissance (adiposité, sécrétion des adipokines, sensibilité à l’insuline, hypersensibilité aux catécholamines…). Nous avons aussi démontré une interaction entre l’environnement intra-utérin et des polymorphismes génétiques de constituants importants du tissu adipeux (PPAR gamma, récepteur bêta adrénergique, acides gras libres). Les complications métaboliques n’affectent pas tous les sujets nés avec un RCIU, mais seulement 1/3 d’entre eux dans notre cohorte. La maigreur à la naissance (en dehors du poids de naissance lui-même) ainsi que l’intensité du rattrapage consécutif de compensation (sans obésité) sont deux éléments qui conditionnent donc fortement l’insulinorésistance à l’âge adulte.

 

La définition du RCIU ne prend en compte que les données anthropométriques de naissance. Il regroupe en fait différents profils de croissance ante natale. On peut par exemple distinguer les enfants avec un petit poids de naissance constitutionnel et donc ayant eu une croissance fœtale régulière de ceux avec un retard vrai de croissance c’est-à-dire ayant eu une restriction de leur croissance pendant la période fœtale aboutissant à un poids de naissance réduit. L’existence ou non d’une restriction de croissance fœtale interviens t’elle dans la programmation fœtale ? Constitue t’elle , en elle même un facteur de risque ? Avec quelle intensité interagie t’elle avec le poids de naissance ?

 

Notre équipe a émis l’hypothèse les enfants avec un retard vrai de croissance fœtale, aboutissant à un petit poids et à une maigreur à la naissance auront par la suite, lors de leur croissance de rattrapage staturo-pondérale post natal une croissance de rattrapage de l’adiposité. Ce développement anormal et/ou décalé du tissu adipeux s’accompagnerait alors d’une insulinorésistance favriserait l’apparition de complications métaboliques.

 

Les objectifs de notre travail sont donc l’étude des différents profils de croissance fœtale des sujets à risque de naître avec un petit poids de naissance, la caractérisation de la croissance post-natale en fonction du profil de croissance fœtale (relation entre ralentissement fœtal et rattrapage post-natal), la mesure des conséquences sur la composition corporelle et l’évaluation du retentissement de ces différents profils de croissance sur l’insulinorésistance et les éléments du syndrome métabolique.

 

Cette étude est donc la première à suivre de façon prospective une cohorte d’enfants nés avec un petit poids de la mi-gestation jusqu’à l’âge du rebond d’adiposité. Elle permettra de décrire précisément la croissance ante et post-natale de ces enfants et de la corréler avec des facteurs nutritionnels, métaboliques et anthropométriques. Nous pourrons ainsi corréler la croissance staturo-pondérale post-natale, l’évolution de la composition corporelle, les évènements intra-utérins aux différents éléments du syndrome métabolique.

 

Plus de 300 femmes enceintes et prés de 250 nouveaux nés ont déjà été inclus dans cette étude. Les résultats préliminaires nous montrent d’ors et déjà que la restriction de croissance fœtale existe chez les enfants nés avec un petit poids et chez les enfants nés avec un poids normal. Elle modifie la composition corporelle et le statut métabolique des nouveaux nés. Elle s’accompagne en effet d’une diminution de la masse grasse et de la masse osseuse et d’une diminution du taux d’IGF1 et d’insuline. Ces hormones interviennent dans la croissance fœtale et voient leur taux sanguin diminuer en cas de modifications délétères de l’environnement nutritionnel fœtal. De façon intéressante ces modifications anthropométriques et hormonales étaient présentes que le nouveau né ai ou non un petit poids de naissance. Ces résultats confirment le rôle primordial que joue la croissance fœtale, indépendamment du poids de naissance, sur les modifications métaboliques conduisant aux développement à l’age adulte des maladies liées à l’insulinorésistance. Ils font aussi poser la question des conséquences de ce retard de croissance fœtal chez les enfants nés avec un poids normal.