Evelyne HEYER (UMR-7206 Eco-anthropologie et Ethnobiologie, Museum d’Histoire Naturelle, Paris)

Lauréate de l’Appel d’Offres 2013 Institut Danone/ Fondation pour la Recherche Médicale

 

La perception des goûts ainsi que l’aptitude à les détecter varie d’un individu à l’autre. Ceci relève non seulement de la construction sociale, de l’histoire individuelle mais aussi de la génétique. De manière surprenante, sauf pour un nombre réduit de gènes, les bases génétiques de ces variations dans des populations mondiales aux modes de vie contrastés restent inexplorées. Ainsi, nous proposons une étude novatrice, rendue possible grâce aux avancées récentes de la génétique, qui a pour objectif de décrire et de comprendre cette variabilité dans différentes populations humaines.

 

La perception des goûts informe sur la qualité des aliments consommés et est par conséquent essentielle dans le choix des aliments. Ainsi l’aspect sucré, de même que le gras, informent du potentiel énergétique tandis que l’amertume avertit d’un potentiel empoisonnant. Il existe un parallèle entre les grandes propriétés des aliments et les goûts perçus. Durant l’évolution, l’Homme a colonisé la quasi-totalité des milieux terrestres et a adopté divers modes de subsistance (chasse, cueillette, agriculture, élevage etc.) dépendant en partie des caractéristiques de chaque environnement. Selon l’environnement dans lequel on vit, les ressources alimentaires varient et les dangers potentiels, de ce fait, les goûts pourraient avoir évolué différemment entre les populations humaines par sélection naturelle. De plus, dans un même environnement, selon le mode de vie (nomade, sédentaire…) les populations ont des besoins énergétiques différents et explorent différemment leur environnement. Ainsi on s’attend à trouver des différences de perception selon le mode de vie et le régime alimentaire.

 

Pour tester cette hypothèse, nous étudions les perceptions gustatives de diverses populations mondiales différant par la biodiversité de leur environnement ainsi que par leur mode de subsistance. En parallèle nous prélevons de l’ADN et procédons à des technologies de pointe en matière de génotypage pour mettre en relation génétique et perception gustative.

 

Considérer les perceptions gustatives dans les populations à la lumière de leur histoire pourrait permettre de comprendre les régimes alimentaires actuels et leurs risques respectifs à certaines maladies étant donné que les récepteurs gustatifs sont notamment impliqués dans la balance énergétique du corps. C’est d’importance majeure dans de nombreux pays où le mode de vie et le régime alimentaire sont en transition rapide avec de plus en plus de personnes sédentaires et consommant des aliments d’origine industrielle.