La néophobie alimentaire désigne la peur ressentie par un individu en situation de goûter un aliment inconnu. Elle induit chez l’enfant une diminution de la variété du répertoire de consommation, avec un dégoût particulier pour les fruits et légumes dont on connaît pourtant le rôle bénéfique dans la prévention de l’obésité et de certains cancers. Comprendre les mécanismes qui sous-tendent la néophobie alimentaire chez l’enfant s’avère ainsi une question de santé publique majeure à laquelle notre étude cherche à apporter des éléments de réponse. Les études menées à propos de la néophobie alimentaire de l’enfant sont peu nombreuses mais permettent de dégager deux orientations : l’orientation développementale selon laquelle la néophobie est une période normale du développement dans la mesure où elle concerne une majorité d’enfants et où son intensité est supérieure à celle de l’adulte; l’orientation différentielle qui montre l’existence de différences interindividuelles importantes dans les degrés de néophobie.

 

Lors d’une étude réalisée auprès de 270 enfants âgés de 8 à 12 ans, il a été montré que la néophobie diminue avec l’âge et qu’elle est plus importante chez les sujets ayant un attachement non sécurisant à la mère, un tempérament peu flexible, une humeur négative, et une tendance générale à éviter les situations nouvelles.

 

Ce projet se propose d’étendre l’étude réalisée auprès des enfants d’école élémentaire à des enfants d’école maternelle. Il semblerait en effet que la période la plus sensible de la néophobie alimentaire se situe entre 3 et 6 ans.

 

C’est à cette période que les enfants se montrent le plus néophobes, n’acceptant de goûter les aliments nouveaux que sous forte contrainte. L’objectif de ce projet est double : d’une part, savoir comment évolue la néophobie alimentaire entre 3 et 6 ans (perspective développementale) et d’autre part, comprendre pourquoi dés l’âge de 2/3 ans certains enfants sont plus réticents à goûter des produits inconnus que d’autres (perspective différentielle).

 

Cet objectif entraîne la mise au point d’une méthodologie originale, notamment en ce qui concerne la néophobie alimentaire qui ne fait pas l’objet en France de mesures standardisées. Deux outils développés au Canada seront adaptés et validés en France : The Food Situation Questionnaire (FSQ), et The Behavioral Food Task (BFT). Un groupe composé d’au moins 300 enfants d’école maternelle sera soumis à ces deux mesures de la néophobie, ainsi qu’à un ensemble de questionnaires visant à évaluer leur tempérament, leur niveau de recherche de sensations (échelle d’Arnett), le type d’attachement à la mère (échelle de Kerns). Enfin, le degré de sensibilité olfactive et gustative sera évalué, vraisemblablement sur un nombre plus restreint de sujets dans la mesure où les protocoles nécessaires s’avèrent particulièrement lourds.