Les ouvrages des spécialistes de l’histoire ouvrière abordent toujours l’alimentation, généralement comme partie du mode de vie, mais à partir de sources peu nombreuses et disparates et souvent de façon comptable, sous l’angle du budget familial. D’autres approches historiques fournissent des données quantitatives sur l’évolution des marchés alimentaires, sans renseigner non plus sur les modes de consommation des différentes catégories sociales.

 

L’objectif de l’étude d’ Anne Lhuissier est de mieux cerner, à partir des connaissances acquises sur les ouvriers du XIXème siècle, les habitudes et les déterminants sociaux à la base de leurs comportements alimentaires.

 

Elle exploitera le matériau extrêmement riche produit par deux grandes traditions d’enquêtes propres au XIXème siècle :

 

  • les enquêtes sociales, dont la plupart reconstruisent les budgets alimentaires de familles ouvrières et donnent des indications factuelles sur les achats, les repas et les aliments,
  • des enquêtes parlementaires et administratives, qui portent sur les filières de produits (boucherie, boissons, boulangerie) ou les conditions de vie et de travail des ouvriers et recèlent de nombreuses informations sur les manières d’acheter et de consommer.

 

Ces sources reflètent le quotidien de la vie ouvrière. Elles offrent des indications démographiques, topographiques, économiques et sociales, qualitatives et quantitatives, indispensables à un travail objectif. L’analyse des catégories de description des enquêteurs jettera un éclairage sur les pratiques alimentaires : Qu’est-ce qu’un “repas” au XIXème ? A quels morceaux fait-on référence en parlant de “consommation de viande” ?

 

Les descripteurs seront regroupés en trois catégories : approvisionnement (lieux, intermédiaires, produits, …), cuisine (lieux, matériel, techniques, …), consommation à domicile et hors domicile (fréquence, environnement, composition des repas, …).

 

La confrontation des résultats avec la lecture généralement misérabiliste faite de l’alimentation ouvrière de cette époque soulignera l’importance du point de vue avec lequel on lit les pratiques alimentaires. Les approches globales et monolithiques masquent une réalité complexe.

 

Cette recherche peut amener à objectiver les catégories de lecture et d’analyse contemporaines et à définir de nouveaux protocoles d’enquêtes pour étudier les habitudes alimentaires des milieux populaires.