Au cours de ces quarante dernières années, le cancer du sein est devenu un véritable problème de santé publique. Les principaux facteurs de risque identifiés sont les antécédents familiaux de cancer du sein, les facteurs liés à la vie génitale (puberté, maternité, ménopause) et les facteurs alimentaires. Différents types d’études épidémiologiques et expérimentales sur des animaux ont mis en évidence l’implication des lipides alimentaires, et en particulier des acides gras poly-insaturés (AGPI) dans le cancer du sein : les AGPI de la série n-6 sont associés à un risque accru de cancérogenèse mammaire tandis que les AGPI de la série n-3 exercent un effet protecteur.

 

Landy Razanamahefa a étudié les effets et les mécanismes d’action des AGPI des séries n-6 et n-3 au niveau cellulaire et moléculaire, sur des modèles de cellules tumorales mammaires humaines en culture. Des effets distincts ont été observés sur la prolifération cellulaire évaluée par la méthode d’incorporation de la thymidine tritiée. Ainsi, seul l’acide arachidonique (20:4 n-6) stimule de façon significative la prolifération cellulaire. L’étude des mécanismes d’action de cet acide gras a mis en évidence une augmentation de la proportion des cellules en phase S du cycle cellulaire, analysé par cytométrie de flux. Ces événements sont associés à une augmentation du taux d’ARN messager de la cycline D1 (oncogène impliqué dans le contrôle du cycle cellulaire et souvent surexprimé dans les cancers mammaires). L’utilisation d’inhibiteurs spécifiques de la synthèse des eicosanoïdes suggère que l’acide arachidonique emprunte la voie des eicosanoïdes (ses principaux métabolites) pour exercer ses effets.

 

En revanche, aucun effet des AGPI sur l’expression du gène de la synthase des acides gras (gène FAS, marqueur de mauvais pronostic souvent surexprimé dans les cancers du sein) n’a été mis en évidence dans les trois lignées tumorales mammaires étudiées, alors que le taux d’ARN messager FAS est significativement augmenté sous l’action de l’insuline.

 

Ces travaux mettent en évidence, pour la première fois, la capacité de l’acide arachidonique d’accroître l’expression du gène de la cycline D1 et de stimuler ainsi la croissance tumorale mammaire. Ils permettront d’orienter de futures études expérimentales et épidémiologiques sur l’acide arachidonique et ses dérivés, pour de nouvelles perspectives en matière de prévention nutritionnelle du cancer du sein.