Effets à Long-Terme de la Nutrition Néonatale sur les Préférences Alimentaires et le Stress: Rôle de la Programmation Centrale

 

Dans les pays industrialisés, la prévalence accrue de l’obésité et des troubles de santé associés à cette maladie rend essentielles les études basées sur les mécanismes sous-jacents à ces dérégulations du comportement alimentaire. Dans ce cadre, de récents travaux ont suggéré que des perturbations de l’environnement nutritionnel (aussi bien sous- que sur-nutrition) durant des périodes critiques du développement néonatal pourraient avoir une importance majeure dans l’apparition de troubles métaboliques à l’âge adulte, avec par exemple une augmentation de la vulnérabilité à l’obésité ainsi qu’à un ensemble de troubles des conduites alimentaires. De plus, parmi les facteurs conduisant au développement de l’obésité, la disponibilité de nourriture hautement calorique, riche en sucre ou en graisse peut également contribuer à une consommation excessive et non contrôlée de ces aliments, quelque soit la période de la vie concernée. Enfin, s’ajoutent les événements de vie stressants du quotidien qui peuvent concourir à une motivation exacerbée pour de tels aliments. Le lien entre une sensibilité élevée au stress et l’obésité ainsi que les comportements boulimiques est maintenant bien décrit.

 

 

De nombreuses données de la littérature soulignent l’importance d’événements environnementaux survenant au cours de la période néonatale dans la programmation du devenir métabolique et comportemental de l’individu. Cependant, la relation entre la nutrition postnatale, l’obésité/boulimie et/ou une sensibilité au stress exacerbée reste encore à éclaircir. Ainis, l’objectif principal du présent projet est de d’étudier, chez l’animal, le rôle de la nutrition postnatale précoce sur les mécanismes centraux qui peuvent conduire au développement de conduites alimentaires tournées vers des aliments dits de confort (sucre ou graisse), consommation qui survient généralement pour compenser une altération des systèmes de contrôle de l’axe du stress.

 

 

Les buts spécifiques du présent projet sont d’étudier, à l’aide de modèles murins développés au laboratoire, si une modification de l’environnement nutritionnel pendant la période postnatale, la lactation, (à la fois en condition de sur- ou de sous-nutrition) peut conduire chez l’animal ” adolescent ” et adulte à :
1) une modification de son comportement alimentaire avec le développement d’une motivation accrue pour des aliments appétants (enrichis en sucre ou en graisse) et 2) une altération de sa réactivité au stress avec une augmentation de comportements de type anxieux, et ce en condition de base et après une période stress chronique. Les mécanismes centraux sous-jacents à ces changements comportementaux seront également étudiés, avec une attention particulière sur l’activation spécifique de régions cérébrales impliquées dans la modulation du comportement alimentaire et de la réactivité au stress (hypothalamus) ainsi que des processus motivationnels (aire ventrale tegmentale).

 

 

Les résultats de ces travaux permettront de mieux comprendre comment certains comportements alimentaires atypiques sur le plan des besoins énergétiques se mettent en place (précocement ou non) et si des événements stressants survenant plus tard dans la vie de l’individu peuvent ou non aggraver ce type d’attitude. L’obtention de ces données constitue une étape importante pour tenter de mieux comprendre les mécanismes qui conduisent à une obésité précoce (enfance/adolescence) ou plus tardive par des habitudes alimentaires altérées et ainsi de trouver des solutions efficaces dans le domaine de la nutrition pour essayer de juguler cette épidémie.