L’étude d’Arachu Castro visait à analyser l’alimentation des nourrissons et son lien avec l’environnement socioculturel de la mère et de sonentourage. Elle se fonde sur l’étude comparée des discours sur l’alimentation infantile et la maternité de trois groupes ethniques de 10 femmes chacun résidant en France, d’origine française, maghrébine et asiatique, depuis leur grossesse jusqu’au moment où l’alimentation de l’enfant est majoritairement solide.

 

L’étude de chaque unité familiale comprenant l’analyse qualitative d’entretiens semi-directifs concernant, entre autres sujets le rôle attribué depuis l’enfant, selon le sexe, jusqu’à l’âge adulte dans chaque groupe culturel étudié, les discours sur la maternité et le contenu des informations reçues sur la grossesse et le maternage.

 

Arachu Castro montre ainsi que les femmes qui allaitent sont soit celles qui n’établissent aucune prise de décision parce qu’elles n’ont pas besoin de trouver des raisons pour allaiter, soi celles qui se posent des questions et cherchent des raisons justifiant leur décision. Chez les femmes qui allaitent après avoir cherché des raisons, la durée de l’allaitement est le plus fréquemment déterminée avant la naissance. En revanche, les femmes qui allaitent au sein par choix implicite, sans avoir initialement de raisons - c’est le cas des femmes maghrébines et sud-est asiatiques - (sans avoir initialement de raisons) décident rarement la durée de l’allaitement de manière individuelle, mais prennent la tradition culturelle comme référence.

 

L’optique comparative de cette étude permet de constater que le fait que le processus douloureux de l’arrivée de lait en grande quantité soit douloureux n’est pas universel et que, quand la douleur existe, elle a une intensité variable en fonction de la perception culturelle du colostrum. Deux modèles ont été créés par rapport à cette perception.

 

Dans le modèle A on retrouve les expériences vécues par les femmes maghrébines et celles du Vietnam et du Cambodge. Elles n’établissent aucune différence entre le colostrum et le lait, puisqu’elles considèrent qu’elles ont du lait dès le départ. Elles allaitent dès la naissance à la demande, et n’ont pas de souvenir douloureux de la ” montée de lait “. En moyenne, ces femmes allaitent, dans leur pays d’origine, pendant au moins un an, voir deux.

 

Par contre, les femmes immigrées d’origine indochinoise qui ne peuvent pas compter sur l’aide d’un autre membre de la famille allaitent pendant une période plus courte, mais au-delà de la reprise du travail rémunéré (environ quatre ou cinq mois).

 

Les femmes immigrées d’origine maghrébine arrivent mieux à reproduit le réseau familial et social du pays d’origine, ce qui leur fait rencontrer moins d’obstacles pour l’allaitement.

Dans le modèle B, on peut regrouper les femmes chinoises et les femmes françaises.

 

Les chinoises considèrent qu’elles n’ont de lait qu’au bout de quelques jours après l’accouchement et elles ne reconnaissent l’existence d’aucune sécrétion. Elles ont des souvenirs douloureux de la ” montée laiteuse ” et l’allaitement, lorsqu’elles vivent en France, rarement dépasse trois mois.

 

Les femmes françaises, elles, reproduisent le modèle prédominant dans la pratique médicale. Elles apprennent à la Maternité qu’il y a une différence entre le colostrum et le lait et considèrent que le colostrum est insuffisant, donc le complètent avec des biberons d’eau sucrée ou de lait. Il arrive qu’elles allaitent pendant la journée mais font garder l’enfant pendant la nuit afin de se reposer. Tout cela est soutenu et parfois encouragé par les professionnels de santé. Ces femmes se souviennent de la ” montée laiteuse” comme d’une expérience douloureuse et lorsque l’allaitement maternel est ” décidé “, il se produit pendant environ deux ou trois mois pour s’arrêter juste avant la fin du congé de maternité.

 

Par ces observations, l’étude menée par Arachu Castro a permis de mettre en évidence un lien très fort entre la décision d’allaiter au sein, la valeur du colostrum et la durée de l’allaitement.

 

Influence de l’environnement familial et des comportements alimentaires au quotidien sur l’apparition et l’évolution de la malnutrition infantile en milieu urbain africain.