La puberté est une période fondamentale qui va conditionner en grande partie la vie gynécologique de l’adulte. Durant cette période, se produisent de profonds changements somatiques régulés en grande partie par des facteurs endocriniens et métaboliques et principalement par les axes hypothalomo-hypophyso-ovariens et somatotropes. Des recherches récentes ont suggéré qu’un facteur endocrinien commun, la leptine, pourrait réguler le poids corporel, moduler la fonction gonadique ainsi que la masse osseuse. D’autres facteurs, en particuliers mécaniques, sont reconnus pour avoir également une action directe sur la masse et l’architecture osseuse.

 

Ainsi, chez des athlètes pratiquant une activité physique générant de fortes contraintes mécaniques comme la gymnastique artistique (GA), la densité minérale osseuse (DMO) est augmentée au niveau de certains sites osseux, par rapport à ceux pratiquant des activités non-ostéogéniques comme la natation. Néanmoins, chez l’enfant, si un développement pubertaire normal se met en place chez les nageuses, même de niveau mondial, de nombreux travaux ont rapporté que l’âge de la ménarche et la croissance sont retardés chez les jeunes filles pratiquant la GA. Chez ces athlètes, on observe un faible pourcentage de masse grasse, dû à un déséquilibre de la balance énergétique associant des taux de leptine faible. Si le niveau de leptine semble être impliqué dans le retard pubertaire, aucune étude n’a cependant été menée pour évaluer les relations existant entre la croissance, l’acquisition du capital osseux et le niveau de leptine, chez des athlètes pratiquant la gymnastique rythmique (GR), qui est une discipline sportive présentant des spécificités tant au niveau des sollicitations mécaniques que nutritionnelle. Dans ce contexte, notre étude avait pour objectif d’évaluer durant une année chez des GR pré-pubères et pubères (10-17 ans) les répercussions d’un entraînement intensif (15 à 25 heures hebdomadaires) sur le développement pubertaire, la DMO, la composition corporelle et les taux de leptine. Quarante-six GR ont été réparties en 3 groupes d’âges représentant les états pré, péri et post-pubertaires: groupe 10-12 ans (n=20), groupe 12-14 ans (n=13) et groupe > 14 ans (n=13). La croissance, le développement pubertaire, la DMO et la composition corporelle ont été appréciées à partir de paramètres cliniques (poids, taille, stade de Tanner), radiologiques (radiographie du poignet, absorptiométrie biphotonique à rayon-X) et biologiques (marqueurs du remodelage osseux, leptine, hormones sexuelles, somatotropes et calciotropes). Les résultats préliminaires montrent que les GR présentent des troubles du développement pubertaire qui se traduisent par un retard de la maturation osseuse de près de 1,5 an (p<0,001) et un retard de l’âge de la ménarche (p<0,001) à 14,4 ans.

 

Les données sur le régime alimentaire mettent en évidence des apports énergétiques (1490 Kcal/j) et calciques (924 mg/j) insuffisants par rapport au haut niveau d’activité physique pratiquée. La DMO augmente avec l’âge, avec cependant des vitesses d’accrétion différentes en fonction des sites osseux. Le Z-score évalué au niveau des vertèbres lombaires est de 100%. Une diminution significative des concentrations des marqueurs du remodelage osseux avec l’âge est mise en évidence. Les taux de leptine sont augmentés chez le groupe >14 ans par rapport au deux autres groupes, et ils sont corrélés avec l’IMC, la masse grasse, les taux estrogènes et certains sites osseux (CMO bras, CMO et DMO bassin et DMO radius).

 

Cette étude montre qu’un entraînement intensif en GR peut avoir des effets sur la croissance et le développement pubertaire, lesquels pourraient être induits par une masse grasse faible associé à un régime hypocalorique. La GR semble avoir un effet favorable sur le tissu osseux, en particulier au niveau des sites mécaniquement sollicités (col du fémur). L’augmentation des taux de leptine uniquement chez les jeunes filles d’âge >14 ans et les relations mises en évidence avec les taux d’estrogènes, la composition corporelle et la DMO semblent montrer le rôle prépondérant de cette hormone dans les processus de déclenchement de la puberté et dans l’acquisition du capital osseux.