La listériose fait régulièrement parler d’elle dans nos journaux. Cette maladie infectieuse d’origine alimentaire inquiète tant par sa gravité (30% des cas sont mortels) que par l’apparition soudaine de bouffées épidémiques dont l’origine est souvent difficile à identifier. Le responsable de la listériose est une bactérie appelée Listeria dont la virulence est liée à sa capacité de se multiplier à l’intérieur des cellules de sujets malades, endommageant ainsi des organes essentiels (foie, cerveau, …)

 

Les difficultés majeures dans la lutte contre la listériose résident aujourd’hui dans l’isolement et l’identification précise des souches responsables des épidémies. En effet, les Listeria sont des bactéries largement répandues dans notre environnement et la plupart sont inoffensives. Seules quelques souches de Listeria (essentiellement Listeria monocytogenes) sont susceptibles de provoquer la maladie et l’isolement ainsi que l’identification précise de ces souches pathogènes nécessitent la mise en oeuvre de méthodes de laboratoire lourdes, longues et coûteuses.

 

Par ailleurs, les facteurs responsables de la virulence de Listeria monocytogenes sont encore mal connues. On sait que cette bactérie est capable de traverser la barrière intestinale et d’entrer dans de nombreuses cellules du sujet malade. Après avoir pénétré dans le milieu intérieur des cellules, les bactéries se multiplient et migrent dans les cellules voisines, provoquant ainsi la maladie. La connaissance de facteurs de virulence de Listeria monocytogenes constitue aujourd’hui un enjeu majeur dans la lutte contre la maladie, tant pour améliorer les traitements que pour mettre au point de nouvelles méthodes de détection des souches pathogènes.

 

Dans ses travaux de recherche, Jérôme Mengaud s’est attaché à décrire quelques facteurs responsables de la virulence de Listeria monocytogenes.

 

Dans un premier temps, Jérôme Mengaud a contribué à identifier, au niveau du chromosome bactérien, plusieurs gènes de virulence codant pour des composants jouant un rôle fondamental dans l’infection des cellules par la bactérie (listériolsine O, deux phospholipases, une protéase); ces gènes de virulence se trouvent sous le contrôle d’un gène régulateur commun.

 

Un prolongement pratique de ces travaux a été la mise au point d’une nouvelle méthode de détection rapide des souches pathogènes de Listeria monocytogenes; cette méthode consiste à utiliser un fragment d’un gène de virulence comme sonde nucléique ce qui permet d’identifier spécifiquement les souches pathogènes.

 

Dans un deuxième temps, Jérôme Mengaud s’est intéressé au mécanisme par lequel Listeria monocytogenes pénètre dans les cellules intestinales. On savait seulement qu’une protéine appelée internaline, présente à la surface de la bactérie, jouait un rôle essentiel. En utilisant des techniques performantes de biochimie, Jérôme Mengaud a réussit à isoler, au niveau de la membrane des cellules intestinales, le récepteur de l’internaline utilisé par les bactéries pour entrer dans les cellules.

 

Le prolongement de ces travaux permettra d’une part de clarifier les mécanismes de traversée de la barrière intestinale et d’entrée de Listeria monocytogenes dans les cellules du sujet malade. D’autre part, l’étude de ce modèle bactérien pourra aider à la compréhension des facteurs de virulence d’autres bactéries et parasites à multiplication intracellulaire (tels que les germes responsables de la salmonellose, de la brucellose, de la maladie du légionnaire…).